Le meilleur reste à venir ?

Par Alexandre Philippon
Mardi 25 mai 2010 - 12:05
« Je continue de croire que le meilleur reste à venir. Je ne pense pas avoir encore atteint la maturité sur le plan physique« . Voilà ce que déclarait Michael Rogers à la mi-janvier, alors même qu’il n’avait encore pas démarré sa saison. Depuis, il y a eu ce déclic : la victoire sur la Ruta del Sol. Pas sur une course énorme, mais regoûter au leadership a pu lui l’aider à croire encore plus en lui. La confirmation, c’est cette victoire sur le Tour de Californie, acquise la semaine dernière dans l’adversité. Maintenant, l’Australien peut-il viser plus haut ?
Cette interview de début d’année avait été réalisée par l’Associated Press. Michael Rogers y disait : « Je ne dis pas que je vais gagner le Tour, mais je veux essayer. Si vous n’avez pour objectif de gagner, cela ne sert à rien d’y aller. C’est le rêve de tout coureur et pourquoi pas ? Tout peut arriver, les favoris peuvent crever, chuter. (…) Il faut attendre sa chance et ne jamais abandonner. » Des paroles en l’air ? Pas forcément. Car un mois plus tard, le coureur de l’équipe HTC-Columbia disait viser le Tour de Californie, et voilà qu’il le remporte. « La Californie, c’est une course qui m’a toujours plue, avançait-il, donc cette année ce sera mon Giro à moi. La course est un objectif majeur pour notre équipe, qui est américaine et même basée en Californie… A part le Tour, il n’y a pas plus important dans la saison. » Pour l’instant, le coureur de la Riverina suit son programme à la lettre et a des résultats. Lesquels le positionnent peu à peu parmi les favoris du prochain Tour de France.
Une montée en puissance jusqu’à la Californie
Tout commence en février quand il s’adjuge la Ruta del Sol. Cela faisait sept ans qu’il n’avait pas gagné une course par étape. Il fallait remonter à 2003 et une victoire sur la Route du Sud. Renouant avec ce type d’honneurs, l’Australien pouvait alors croire en une bonne suite de saison. Placé sur Tirreno Adriatico, le Critérium international et le Tour de Romandie, il se présente au départ du Tour de Californie avec ambitions et moyens. Sur la troisième étape, il s’en va lors de l’ascension de Bunny Doon, avec deux de ses principaux rivaux, Levi Leipheimer et David Zabriskie. Les trois hommes ne se lâcheront pas d’une semelle et si c’est le coureur de la Garmin qui s’impose, c’est en revanche Michael Rogers qui prend les commandes de la course. Celle-ci est alors définitivement lancée, après des sprints remportés par Mark Cavendish et Brett Lancaster.
C’est alors que l’Australien va devoir défendre sa tunique, ce qui n’est pas vraiment son fort. Sur le Tour de Romandie, il avait pris le maillot jaune suite au contre-la-montre remporté par son compatriote Richie Porte, pour le garder jusqu’au départ de la dernière étape. Mais sur cette ultime journée, il le perd au bénéfice d’Alejandro Valverde, et disparait même du podium. Sur la côte ouest américaine, pas question de connaître pareil déclin. Les quatrième et cinquième étapes sont de nouveaux sprints, remportés par Francesco Chicchi et Peter Sagan, lequel remet ça sur l’étape reine : alors que le parcours, qui comportait deux longs cols, dans la San Bernardino National Forest, pouvait offrir une empoignade entre le leader et ses adversaires, celle-ci n’a pas eu lieu, et le Slovaque s’est à nouveau imposé, au sprint.
Succès américain, rêves hexagonaux : un retour tonitruant
Ce sont les deux dernières journées de course qui ont véritablement mis à mal Michael Rogers. Sur le contre-la-monte de Los Angeles, il aurait pu plier face à un Levi Leipheimer qui avait construit ses succès des trois dernières éditions via cet exercice. Il n’en fut rien, l’Australien terminant deuxième, devant Leipheimer et Zabriskie, les deux hommes qu’il devait absolument devancer, et derrière son coéquipier Tony Martin, époustouflant vainqueur. Enfin, le dernier jour, sur un circuit pas des plus difficiles mais qui a néanmoins permis de lancer des offensives, le leader de la Columbia résiste, suivant ses principaux challengers sans faillir, et devenant le premier non-américain à ajouter son nom au palmarès de l’épreuve américaine. Son succès final est bon pour la confiance, mais seulement, car cette édition 2010 du Tour de Californie aura été intense, avec de nombreuses étapes difficiles à négocier. L’ancien champion du monde du chrono montre qu’il sait désormais courir en leader.
Cela coule donc de source : Michael Rogers sera le chef de file de sa formation sur le prochain Tour de France. Un sacré revirement de situation, car l’an dernier, il avait rallié Paris en 103e position. Il sortait alors d’une tenace mononucléose, contractée en 2008, et c’est certainement pour cette raison qu’il n’avait pas tenu la distance en juillet, lui qui avait terminé 9e en 2006. Pendant cette période de lutte contre la maladie, l’ex-coureur de la Quick Step avait envisagé de stopper sa carrière. C’est David Martin, docteur à l’Institut du Sport Australien, qui l’avait remis dans le bon chemin : « Il m’a permis de me souvenir des choses que j’avais accompli par le passé, et a essayé de m’encourager à revenir à un bon niveau physique. » Revigoré, il s’était alors mis dans la tête de travailler comme un forcené pour que sa saison 2010 ne soit pas discrète. C’est réussi.
photo scott burnham – flickr







