Le défi des frères Schleck

Par Baptiste Bouthier
Jeudi 26 août 2010 - 14:11
Ils devaient courir ensemble le Tour de France. Concurrencer Alberto Contador, plus encore qu’en 2009, dans les Alpes et les Pyrénées. Leur schéma est tombé à l’eau dès le troisième jour de course, sur ces foutus pavés du nord de la France, où Frank Schleck laissait sa clavicule. Dès le surlendemain, l’aîné d’Andy, sur son lit d’hôpital, l’affirmait : il ne pensait déjà qu’à la Vuelta. Un mois et demi plus tard, l’y voilà. Et son frère est à ses côtés. C’est donc sur les routes espagnoles que le duo luxembourgeois va faire ces étincelles prévues pour juillet. Et tenter de remporter son premier grand tour. Paradoxe : alors qu’Andy Schleck est de toute évidence le plus à même d’en remporter un dans sa carrière, le leader sera Frank, qui a souvent montré ses limites sur une course de trois semaines. Un défi immense.
Deux têtes mais un seul leader
Frank et Andy. Andy et Frank. Sur le Tour de France 2009, on avait découvert ce duo aussi fort que déroutant. Une arme redoutable autant qu’un handicap lourd à gérer en montagne. Sur la grande boucle, Andy avait tout fait pour que son frangin monte sur le podium avec lui, quitte à laisser tomber la bataille avec Contador. A l’arrivée, Frank aura gagné une étape et pris la cinquième place, ce qui est déjà pas mal, tandis qu’Andy terminait deuxième. Cette année, les deux devaient remettre ça, mais l’aîné est donc tombé. Un mal pour un bien ? On a senti Andy libéré, pleinement concentré sur son sujet. Il a encore dû se contenter de la place du dauphin, mais son deuxième rang de 2010 n’est en rien comparable à celui de l’an passé.
Deux fois deuxième du Tour, une fois deuxième du Giro, très jeune, Andy Schleck a clairement l’ADN pour remporter un grand tour. La Vuelta 2010 lui tend donc les bras. Sauf que… ce sera Frank le leader. Une décision qui peut surprendre, puisque l’aîné ne semble pas avoir la caisse du cadet sur trois semaines. Mais qui trouve bien des justifications. Absent du Tour, où son frère a brillé, Frank ne veut pas d’une saison blanche. Il arrive très frais sur la Vuelta, et même un peu trop, puisqu’il a repris très tard et partiellement, se mariant une semaine avant le départ de Séville.
A l’inverse, Andy n’a plus couru depuis un Tour éprouvant. Son état de forme est donc une incertitude totale. On connaît également la propension du jeune Luxembourgeois à être brillant sur une course puis transparent sur une autre, aussi importante soit-elle. Enfin, début août, Andy n’était pas prévu dans la compo de Saxo Bank pour la Vuelta. Il n’est venu que pour aider son frère Frank à gagner.
Une vraie opportunité
Le défi est de taille, mais finalement, c’est sans doute l’occasion ou jamais. On l’a déjà souligné cette semaine, un seul candidat sérieux à la victoire finale sur cette Vuelta a déjà remporté au moins un grand tour : Denis Menchov, qui en compte même trois. En dehors du Russe, lui aussi émoussé de son Tour de France, on retrouve des jeunes loups (Nibali, Kreuziger, Anton, Rodriguez) et des vieux briscards (Mosquera, Arroyo). Sont-ils réellement plus fiables que Frank Schleck, qui a quand même trois top 10 sur le Tour de France à son actif ? Non.
En outre, le parcours de cette Vuelta 2010 correspond presque idéalement au profil de Frank Schleck. Le vainqueur de l’Amstel Gold Race 2006 est un puncheur, avant d’être un grimpeur. Ca tombe bien : les dix premiers jours de course sont pleins d’étapes pièges, aux montées sèches et très pentues. Un paradis pour lui et son frangin, qui peuvent y gagner des minutes sur les grimpeur-rouleurs standards. Et s’il y a aussi quatre arrivées au sommet de vrais cols, il ne faut pas perdre de vue que Schleck s’est déjà imposé au sommet de l’Alpe d’Huez, sur le Tour, mais aussi au Grand Bornand, après l’ascension de nombreux cols alpins, tel la Colombière ou les Saisies.
Un costume trop grand pour lui ?
Le vrai problème pour Schleck dans ce parcours, c’est le contre-la-montre de 46 kilomètres, en troisième semaine. Mine de rien, sur une distance pareille, il peut perdre facilement deux minutes, voire plus, sur un Menchov ou un Nibali. Des écarts qui pourraient s’avérer rédhibitoires, même si le Luxembourgeois a fait des progrès dans l’exercice. En juin, c’est ainsi grâce au contre-la-montre final qu’il a remporté le Tour de Suisse. Une issue qu’il n’aurait sans doute jamais imaginée mais qui s’explique aussi par le fait que ce jour-là, il a plutôt été le moins mauvais que le meilleur des premiers au général.
Il y a un autre problème Frank Schleck : celui du rôle de leader. A-t-il la carapace pour être un meneur durant trois semaines, et un vainqueur de grand tour ? On est en droit d’en douter. Il y a deux ans, il signe son premier top 5 sur la grande boucle dans le sillage du vainqueur final, son coéquipier Carlos Sastre. L’an dernier, il s’est sublimé pour prendre à nouveau la cinquième place finale. Mais c’était cette fois dans l’ombre de son petit frère Andy, qui était le vrai leader. Si les rôles s’inversent, pas sûr que le rendement soit le même. En revanche, il est clair que cette cinquième place de 2009, Frank la doit beaucoup à son frangin, qui l’a souvent attendu, aidé, secondé. De ce côté-là, la Vuelta s’annonce bien : Andy sera à ses côtés, à son service.
Photo : @european parliamant – flickr

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