“Le cyclisme refuse de se regarder dans la glace”

Guillaume Prébois, journaliste et écrivain, s’est fait connaître en réalisant, en 2007, le « Tour de France à l’eau claire ». Le principe : courir les mêmes étapes que le peloton du Tour un jour avant eux. Un projet relayé par Le Monde qui a ensuite fait des petits. L’année suivante, il courait les trois grands tours, sans massage ni mécanicien. L’an passé, enfin, il réalisait le Tour du Monde en 80 jours, mais toujours à vélo… Velochrono vous invite à le découvrir. Entretien avec un journaliste-cycliste engagé.

Après avoir, la même année, bouclé les trois Grands Tours, pour montrer à tous que l’on peut réaliser ces exploits sans l’aide du dopage, vous avez entrepris l’immense aventure de faire le Tour du Monde à vélo, en 80 jours. Un projet différent, pour un message différent ?

Après deux défis visant à démontrer que le dopage n’était pas nécessaire pour atteindre certains objectifs, j’ai amorcé un virage décisif avec ce Tour du Monde. Un recentrage sur l’évasion. L’idée était de faire rêver les gens qui étouffent dans un monde où les journaux ne donnent plus jamais une seule bonne nouvelle. J’ai désormais à coeur de soigner l’écriture de mes reportages. Les gens oublient souvent que mon métier c’est journaliste, pas cycliste.

En 2007, après avoir bouclé votre premier Tour de France, vous souligniez le regard parfois hostile de certains protagonistes du monde du cyclisme professionnel. Ce regard a t-il évolué par la suite ?

Globalement, le regard du monde professionnel est resté le même : excessivement critique, démontrant une grande ignorance de ce que j’entreprenais. Les pros auraient pu tirer parti de mes initiatives en disant: “Si un simple journaliste boucle le Tour seul et sur route ouverte à 31 km/h de moyenne, vous comprendrez que nous, vrais athlètes, on peut rouler plus vite sans ne rien prendre non plus”. Il y a quelques exceptions, qui confirment la règle : Cédric Vasseur m’a défendu, tout comme le Belge Maxime Monfort. Par ailleurs, l’UCI a démontré son intérêt pour mes projets en acceptant de m’insérer dans le programme de contrôles antidopage inopinés ADAMS pendant mon défi des 3 Grands Tours en 2008.

Qu’en était-il particulièrement de la part des coureurs français, et de leurs dirigeants ?

Je ne souhaite pas relancer la polémique. La page est tournée en ce qui me concerne. Disons que le mouvement français ne m’a pas soutenu. Les pros étaient vexés qu’un journaliste se lance et réussisse un tel défi puisqu’ils nous reprochent toujours de ne rien connaître au vélo. L’accusation la plus drôle, je l’ai entendue de la part de Jean-René Bernaudeau, qui m’a taxé de “Cyclotouriste”. J’aimerais lui rappeler que mes fichiers SRM indiquaient une puissance moyenne journalière supérieure à 200 watts alors qu’un pro qui pédale relax dans le peloton développe autour de 140 watts sur une durée inférieure puisque tout le monde sait qu’il est plus facile de rouler à 45 km/h en peloton qu’à 33 km/h seul sur route ouverte avec vent de face.

Comment expliquez-vous ce manque de considération, voir de respect, du monde professionnel envers vous ? Selon vous, ce regard fait-il office de baromètre de la santé du cyclisme professionnel ?

Mon Tour de France a posé un problème éthique aux coureurs : je leur ai, involontairement, enlevé du prestige. Si un journaliste débarque et boucle le Tour sans massage, sans mécanicien, sans peloton, sans accuser aucune variation substantielle de ces paramètres physiologiques (voir la thèse de médecine déposée au CHU de Toulouse sur mon Tour 2007) et passant ses soirées à écrire des articles, le mythe du “forçat” ou du super-héros est égratigné. Par ailleurs, si le peloton était réellement propre, voici ce que les pros diraient : “Je ne vois pas ce qu’apporte Guillaume Prébois puisque tout le monde roule à l’eau claire dans le peloton”. Ils ne le disent pas et s’aigrissent au contraire. Etrange non ?

“Personne ne croit que les coureurs sont propres”

A l’inverse, comment qualifier le soutien du grand public ? Etiez-vous reconnu chaque jour ? Avez-vous senti les Français concernés par votre projet ?

En passant la veille des coureurs, beaucoup de caravaniers, déjà installés, me reconnaissaient. Mais je ne recherche pas la notoriété. Je m’en moque même totalement. Personne ne me reconnaît plus aujourd’hui et bien peu se souviennent de ce que j’ai fait. Les médias, en 2007 surtout, ont donné du relief à mon initiative parce que nous étions au lendemain de l’affaire Landis et le sujet était à la mode. Ensuite, j’ai pédalé dans le quasi-anonymat mais je ne m’en plains pas. Comme je le répète souvent, j’ai surtout cherché à vivre mes rêves. Quand je serai vieux, je pourrai raconter à mes petits enfants ce que j’ai fait et non pas ce que j’aurais aimé faire.

Le fait d’avoir réalisé votre premier exploit en 2007, l’année de l’affaire Rasmussen, vous a t-il été bénéfique ou néfaste ?

Bénéfique au sens médiatique, comme je viens de le souligner. Quant à l’opinion du grand public, tout le monde la connaît : personne ne croit une seconde que les coureurs sont propres. La mentalité populaire est la suivante : “on ne fait pas le Tour de France au sirop à la menthe”, phrase généralement accompagnée d’un clin d’oeil et/ou d’un coup de coude complice. Cela ne changera jamais.

Des trois Grands Tours, lequel est le plus difficile à terminer ? La préparation à un Tour d’Espagne est-elle différente d’une préparation, par exemple, pour le Tour de France ? En enchaînant les trois Grands Tours, quelles sont vos conclusions sur la capacité d’un coureur à en courir deux, voire trois la même année ?

Techniquement, le Tour d’Italie est de loin le plus dur. Les cols sont très pentus et redoutables. Le Tour de France est le plus facile. Quant au Tour d’Espagne, s’il met le col de l’Angliru au programme, il devient terrifiant (et c’était le cas en 2008). J’ai souffert sur la Vuelta, parce que je commençais à être fatigué mentalement. La chaleur, au départ en Andalousie, était pénible également. Ensuite j’ai trouvé le froid dans les Pyrénées et la pluie dans les Asturies. Mes bilans sanguins ont démontré que mon hématocrite restait stable ainsi que le dosage hormonal. Si j’en doutais avant, je peux désormais affirmer qu’il est tout à fait possible à un coureur (qui a l’avantage de rouler à l’abri du peloton, donc de faire beaucoup moins d’efforts sur 3 semaines) de participer aux trois épreuves. En revanche, je refuse de croire que l’on puisse être compétitif de mai à fin septembre pour jouer la gagne.

“Il faut introduire la suspension à vie”

Le cyclisme est-il aujourd’hui, selon vous, sur le bon chemin, celui du renouveau ? Quel regard portez-vous, par exemple, sur le retour de bannis comme Vinokourov ou Ricco ?

Le cyclisme refuse de se regarder dans la glace et applique la parabole du fils prodigue à tous les pécheurs. Le problème c’est que, souvent, ils ne sont pas repentis. Pour changer la mentalité, il faut introduire la suspension à vie pour tous les dopés, dès la première erreur. Sinon, les tricheurs tentent le coup. Ils risquent deux ans de suspension au maximum et le jeu en vaut la chandelle. Par ailleurs, si un coureur dopé qui revient obtient les mêmes résultats qu’avant en déclarant que, cette fois, il ne se dope pas, cela revient à dire que se doper ne sert à rien. Ridicule. Personne n’est dupe.

Vous qui avez côtoyé de près l’organisation interne d’une équipe cycliste, comment expliquez-vous le retrait des sponsors (Saxo Bank, Caisse d’Epargne, Milram) qui sévissent en ce début d’année 2010 ?

Je pense que ces sponsors se retirent avant qu’un scandale ne leur explose au nez. Ils se disent:  “On a fait quelques saisons, on a vu notre logo sur le maillot, tirons-nous avant qu’un scandale ne ruine notre image”. La crise économique n’arrange pas les choses, certes. Mais, le problème de fond est l’image de ce sport, qui n’a plus aucune crédibilité.

En terme de lutte contre le dopage, quel regard portez-vous sur le conflit qui oppose aujourd’hui l’UCI à l’AFLD ? L’UCI et l’AMA sont-elles aptes à gérer les contrôles ?

Survolez les conflits d’intérêt. Le problème n’est plus là, mais en amont. Les produits utilisés par les grands leaders seront listés d’ici cinq ou dix ans si tout va bien. Les tests ne servent strictement à rien, les gros poissons utilisent des substances encore inconnues. Seuls les petits coureurs se font pincer parce qu’ils n’ont pas les moyens de se payer les nouveautés et bricolent avec leur pharmacie de famille.

“Les Français ne savent pas s’entraîner”

Comment expliquer que malgré ces dérives, le Tour attire toujours autant le public ?

Il y a du monde parce que c’est un spectacle gratuit. Faites payer le billet d’entrée et il n’y aura plus personne. Le Tour est une occasion pour les familles de passer une journée de vacances différente. A la télévision, la moitié des gens regardent la course pour voir les paysages de notre beau pays. Faites un test, demandez à un spectateur de vous citer dix noms de coureurs : c’est tout juste s’ils connaissent le coureur qui porte le maillot jaune.

Comment se situe le cyclisme français là-dedans ? Les équipes françaises ont-elles un avenir ?

Les Français ne savent pas s’entraîner. Allez en Espagne et en Italie et vous verrez comment les amateurs se préparent. Effrayant. Nos coureurs émergent dans un monde amateur très modeste sur le plan qualitatif et se plantent dès le passage chez les pros. Je ne vois pas un seul coureur tricolore capable de briller au plus haut niveau.

Aujourd’hui, quels liens gardez-vous avec le cyclisme professionnel ? Vous qui avez porté un regard sceptique sur lui, sur ses dérives, en êtes-vous toujours un franc passionné ?

Je ne mets plus jamais les pieds sur une course ou une présentation de Tour de France. Ce microcosme hypocrite ne m’intéresse pas. Je ne souhaite pas être complice de la grande supercherie. Ce que je savais sur ce milieu, je l’ai dit. Ma conscience est propre. J’ai pris des risques en me mettant en selle, risquant le ridicule à vie si j’avais échoué. Ce qui m’émerveille, c’est de voir des journalistes qui, depuis 30 ans, s’assoient en salle de presse pour raconter des courses truquées, souvent pour le seul plaisir d’aller bouffer au restaurant sur note de frais ensuite.

“Il m’a fallu de l’inconscience pour tenter tous ces défis”

Après ces quatre Grands Tours comblés, un Tour du Monde bouclé, avez-vous en tête d’autres projets à vélo ? Si oui, comment peut-on encore trouver la motivation, sachant que vous avez déjà prouvé beaucoup de choses, et sachant aussi tous les sacrifices que de tels exploits requièrent ?

Quand je suis rentré du Tour du Monde, j’ai dit à mon médecin: “Docteur, c’est la première fois que je ressens mon âge”. Il m’a répondu : “Il était temps, tu ne comptais quand même pas te comporter comme un adolescent toute ta vie ?” Il m’a fallu de l’inconscience pour tenter tous ces défis. Aujourd’hui, je me sens encore très fort physiquement et je roule beaucoup, mais je ne souhaite plus supporter la pression, la peur d’échouer et ses conséquences. Bref, je m’arrête là pour la performance, mais je continuerai à voyager à vélo en me consacrant à la qualité littéraire de mes reportages.

Vous n’étiez pas un précurseur dans ce genre de projets, puisque Eric Fottorino, par exemple, s’était il y a quelques années attaqué au Midi Libre. Pensez-vous avoir déclenché des vocations, ou des idées d’aventures, chez les jeunes ou les pratiquants assidus ?

Si j’ai pu tenter ces aventures, c’est avant tout grâce à Eric Fottorino qui m’a soutenu dès le début au sein du journal Le Monde. Sans lui, rien n’aurait été possible. Je sais que j’ai contribué à faire rêver certains cyclistes, j’ai redonné envie à d’autres. Nombre d’entre eux m’ont écrit pour me remercier d’avoir osé. Vivre sa passion et réaliser ses rêves, dès maintenant, sans écouter ce que disent les autres, voilà ce qui doit rester de mes aventures.

Velochrono vous invite à visiter le site de Guillaume Prébois, sur lequel vous pouvez consulter son actualité, mais aussi vous renseigner sur ses ouvrages relatant ses exploits sur le vélo.


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  1. Jordan le 08/02/2010 - 20:17

    L’article qui sert à rien à par cracher sur le vélo.

    Le mec n’a pas l’air de comprendre que faire 3 semaines de vélo en solo c’est pas la même chose que de roulé en peloton. Bernaudeau à entièrement raison, ça n’est qu’un bon cyclotouriste, rien de plus. Et se qu’il a fait ne démontre pas grand chose. Seul tu gère, en course les mecs vont 1000 fois plus loin dans l’effort…Et il ose se comparé à des pros (pire, je crois qu’il se croît supérieure avec ces Watts qui n’ont aucune valeur puisque son effort est constant alors qu’en course c’est une succession d’accélération bien plus suante pour atteindre une puissance moyenne équivalente.

    Bref, en tant que passionné de vélo vous auriez du le cracher à la gueule et surtout ne pas posté cette daube! Il veut juste qu’on parle de lui

  2. b.bouthier le 08/02/2010 - 20:30

    Le travail de journaliste impose de donner la parole à toutes les parties, pas de cracher à la gueule des uns ou des autres.
    De plus il s’agit d’une interview, donc ces propos n’engagent que celui qui les tient.

  3. Jordan le 08/02/2010 - 20:36

    Me suis un peu emporté à chaud c’est vrai. Mais cette article m’irrite profondément. Désolé

  4. Alexandre Philippon le 08/02/2010 - 20:51

    En tout cas le débat est lancé

  5. Thomas Renuy le 11/02/2010 - 11:19

    Article intéressant. J’ai lu tous les exploits de ce “personnage”. Très instructifs puisqu’il adopte un point de vue tout à fait différent par rapport aux journaleux lobotomisés.