Lars Boom va s’élancer, mardi, pour une deuxième journée en jaune, sur un Paris-Nice qui pour l’instant lui va comme un gant. Victoire sans appel sur le prologue, avant d’exprimer des facilités sur les routes menant à Contres, le Batave n’est pas en danger actuellement. Mais les reliefs se profilent, et pourraient avoir raison de lui dès jeudi, avec la montée de Mende. Le coureur de la Rabobank est-il en mesure de tenir et d’aller jusqu’au bout ? Il y a peu de chances, mais la question mérite d’être posée, comme pour mieux cerner ce coureur. Et à mieux y regarder …
Une forme étincelante
Il y a maintenant près de 10 jours, sur le Het Nieuwsblad, Lars Boom avait été l’un des détonateurs d’une course flandrienne exigeante, sur laquelle il n’a pas fait de complexes. Co-leader de la Rabobank avec Nick Nuyens, il se devait de tenter quelque chose, et il l’a fait : un petit raid en solitaire, à la poursuite des échappés, lui a permis de se montrer, sans pour autant parvenir à tenir et peser sur le final. On savait alors au moins une chose : le vainqueur d’étape sur la dernière Vuelta était déjà en bonne condition. Mais il faut bien avouer que de là à le voir vainqueur du prologue de Paris-Nice … Le Néerlandais a vraiment surpris son monde, d’autant qu’il met 10 secondes à des coureurs loin d’être faciles à battre.
Et lundi, quand il s’agissait de défendre sa tunique jaune, il a été une fois de plus magistral, dans un autre style. Tout d’abord, il s’est amusé à sprinter derrière un duo de fuyards, pour récolter par deux fois une petite seconde de bonifications. Plus rapide que Jens Voigt, il accentuait son avance sur l’Allemand, de 14 ans son ainé, et la portait à 5 secondes. Mais quelques minutes plus tard, quand la Caisse d’Epargne et une dizaine d’autres coureurs sont parvenus à prendre le large, surfant sur un vent des plus puissants, Lars Boom n’est pas bien placé. Que faire alors ? Rameuter les coéquipiers et rouler ? Non, le maillot jaune attaque lui-même, et recolle, pour finalement collaborer devant et conforter sa position, le tout dans un style bluffant. Pas mal.
Pas une surprise de le voir ici
Pouvait-on s’attendre à le voir à pareil fait sur cette épreuve ? Certainement. Le potentiel de Lars Boom n’est pas un secret pour quiconque le suit un minimum depuis ses débuts. Débarqué chez Rabobank Continental, la réserve de l’équipe Pro Tour, en 2005, il se distingue d’entrée, à 19 ans, remportant le relevé Tryptique des Barrages, grâce à son succès sur le chrono. L’épreuve est globalement dominée par la formation néerlandaise, et Boom apparaît être le meilleur élément de cette promotion. Il restera quatre saisons dans “équipe B”, obtenant au total près de 40 victoires, toutes disciplines confondues.
Car en plus de collectionner les victoires sur route, notamment dans la spécialité du contre-la-montre, Lars Boom est un cyclocrossman de talent, qui remporte le titre mondial chez les espoirs en 2007, avant de gagner chez les seniors dès l’année suivante. Quelques mois plus tard, il s’attaque aux championnats des Pays-Bas Elite, et remporte les deux courses : le chrono et l’épreuve en ligne. Ce coureur est un pur produit de l’école Rabobank : précoce, polyvalent, gagneur. En 2009, il veut conserver son maillot arc-en-ciel dans les sous-bois, mais échoue à Hoogerheide. Il poursuit donc sa saison sur l’asphalte, et s’adjuge le Tour de Belgique, avant de gagner à Cordoue, sur le Tour d’Espagne : de quoi lui donner définitivement envie de se consacrer à 100% à route. Pas ou peu de cyclo-cross pendant l’hiver 2009/10, il prépare attentivement Paris-Nice, et le travail est en train de payer.
Suffisament bon grimpeur ?
Il ne fait aucun doute que Lars Boom est un futur champion. Mais à court terme, que peux t-il faire, face à des adversaires de la trempe d’Alejandro Valverde, Alberto Contador ou Frank Schleck ? L’escalade est-elle un domaine dans lequel il est amené à progresser au fil des années, après avoir fait ses preuves sur des terrains plus à sa convenance, que ce soit les chronos ou les classiques flandriennes ? Ou bien est-il en mesure de s’y débrouiller dès maintenant, dès cette semaine ? Ce Paris-Nice 2010 ne propose pas de haute-montagne, que de la moyenne. La seule et unique arrivée en altitude, elle se situe jeudi, à Mende. Le Batave a de fortes chances d’arriver au pied de cette montée en jaune, aux côtés des meilleurs grimpeurs du peloton de la Course au Soleil. Qu’en sera t-il en haut ?
Dans les rangs espoirs, Lars Boom n’a jamais vraiment goûté aux cols, n’a jamais vraiment pu s’y tester. Ses succès sur la Volta a Lleida et le Circuito Montanes en 2008 n’ont pas été obtenus sur des billards, mais bien sur des reliefs escarpés. Et l’année passée, sur le Tour de Belgique, on a vu Lars Boom suivre sans problèmes sur l’étape de Fléron, celle qui présentait le plus fort dénivelé. De plus, si l’on observe la morphologie du garçon, on ne peut le voir comme une brute épaisse qui ne peut s’exprimer que sur les contre-la-montre. Il mesure 191 centimètres, pour un poids qui varie entre 72 et 75 kilos. Le rapport est plutôt celui d’un grimpeur, dans le style de certains autres néerlandais formés chez Rabobank, comme Pieter Weening et Robert Gesink.
Le dernier nommé avait justement porté le maillot jaune de Paris-Nice en 2008. Il avait obtenu la tunique après le Mont Ventoux, avant de le perdre dans la descente du Col du Tanneron, deux jours plus tard. Terminant finalement quatrième, le coureur de la province du Gueldre avait manqué … d’expérience. Bis repetita pour Lars Boom ? On a bien vu sur l’étape de lundi que s’il n’était pas un vieux briscard, ce n’est pour autant qu’il se faisait avoir facilement, ne perdant pas la moindre seconde sur une étape rendue scabreuse par le vent. C’est bien en moyenne-montagne que l’actuel leader de la course pourrait se montrer trop tendre, non en raison d’une quelconque inexpérience, mais au regard d’une certaine fatigue physique qui finira certainement par le rattraper, du coté de Mende jeudi, ou de Vence, le surlendemain. Cela dit, si Lars Boom n’est pas un grimpeur de la trempe de Robert Gesink, les tracés des Paris-Nice 2008 et 2010 sont complètement différents. De plus, l’intéressé a déjà 24 ans, et connait la pression, ayant été champion du monde de cyclo-cross. Alors, s’il venait à limiter la casse sur la montée de Mende ?

Le tracé détaillé par Velochrono

crédit photo : Letour.fr – PresseSports – B.Papon




