L’Aquila, pour un symbole

Par Baptiste Bouthier
Mercredi 19 mai 2010 - 9:05
Frappée par un terrible séisme en avril 2009, au coeur d’une polémique au Festival de Cannes avec le film Draquila, L’Aquila accueille mercredi l’arrivée de la onzième étape du Tour d’Italie, histoire de retrouver le sourire. A mi-parcours dans ce Giro, ce sourire ne s’est toujours pas affiché sur le visage d’un Italien, puisque jusqu’ici aucun n’a levé les bras en passant la ligne d’arrivée. Dans la capitale des Abruzzes, briser cette anomalie inédite dans l’histoire de la course au maillot rose serait un beau symbole. Mais est-ce possible ?
Sept dans les dix il y a cinq ans
Il y a cinq ans, Danilo Di Luca s’était imposé devant Marzio Bruseghin au terme du même dernier kilomètre, pentu, dans L’Aquila. Auparavant, les coureurs avaient arpentés une étape différente mais semblable à celle de cette année : longue (223 km en 2005, 262 cette fois, ce qui en fait la plus longue Giro) et vallonnée (c’est un brin plus difficile cette année). Bref, le scénario d’alors pourrait bien se répéter. Une échappée au long cours, et avec de nombreux coureurs de haut rang – Bettini, Tosatto, Rujano, Rodriguez, Ivanov, Casar, Petrov – avait pris les devants, mais le forcing de la Liquigas avait permis au peloton de recoller avant que leader de la formation italienne ne s’impose.
Cinq ans plus tard, Di Luca s’est embourbé dans les affaires de dopage et Bruseghin a déjà abandonné. Mais derrière ces deux-là, cinq autres Italiens avaient terminé dans les dix premiers en 2005, donc quatre qui sont encore présents cette année : Ivan Basso (5e), Damiano Cunego (6e), Stefano Garzelli (7e), et Luca Mazzanti (10e). Preuve que cette arrivée est difficile. Preuve aussi qu’elle convient aux coureurs transalpins : la malédiction de ce Giro sans victoire pourrait donc bien être brisée.
Qui va rouler derrière l’échappée ?
Alexandre Vinokourov a prévenu : son équipe, Astana, ne fera pas tout pour conserver le maillot rose. Autrement dit, un bon de sortie est prévu pour les échappées. D’ailleurs, ces deux derniers jours, la formation kazakhe n’a déjà pas fait le boulot : ce sont les équipes de sprinters qui l’ont effectué. Ce mercredi, elles devraient bien sûr s’abstenir. Qui prendra le relais, en misant sur une victoire d’étape ? Comme Cunego le remarquait lundi, les favoris de ce Giro se désintéressent des victoires d’étape.
Le petit prince a le profil pour gagner à L’Aquila. Mais son équipe, la Lampre, a beaucoup râlé du manque de soutien des autres équipes, la semaine passée, lorsqu’elle roulait pour les sprints d’Alessandro Petacchi. Pas sûr donc qu’elle se sacrifie à nouveau. La Liquigas n’a plus un puncheur comme Di Luca, et n’a donc pas de raison évident de rouler.
En fait, les équipes italiennes, où courent la plupart des transalpins, ont toutes un leader, à l’exception de Colnago-CSF, maintenant que Pozzovivo est à la rue au général. Basso et Nibali chez Liquigas, Cunego chez Lampre, Scarponi chez Androni Giocattoli, Garzelli chez Acqua e Sapone : tous devront attendre sagement dans le peloton. Alors que l’échappée, elle, pourrait bien ne jamais être revue.
Une opportunité à saisir
Car, à condition ne pas comporter d’éléments trop proches au classement général, les fuyards du jour pourraient bien bénéficier d’un accord tacite entre les grosses équipes à l’arrière. Les leaders capables de gagner à L’Aquila (Garzelli, Scarponi, Cunego) seront forcés d’attendre un « sprint massif » et ne pourront donc anticiper. D’ailleurs, si les Italiens n’ont toujours pas remporté de victoire sur ce Giro, c’est peut-être aussi parce que Colnago-CSF est un peu seule pour animer les échappées. Une ISD-Neri n’aurait pas été de trop, avec Visconti par exemple, pour venir secouer tout cela. Cela aurait fait une équipe en plus sans leader italien pour le général, et donc propre à aller dans tous les coups.
Seul bémol pour une échappée victorieuse : la distance. 260 kilomètres, c’est énorme, et il faut être très fort pour tenir jusqu’au bout, après une journée où l’on a été peu avare en efforts. 260 bornes, c’est aussi beaucoup pour réfléchir, à l’arrière. Et si le parcours est difficile, les cent derniers kilomètres ne sont pas les plus durs. De quoi, peut-être, inciter certaines équipes à finalement rouler pour un leader, si l’échappée n’est pas déjà trop loin.
photon flickr niklas jacobsen






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