« La course est beaucoup plus contrôlée »

Par Baptiste Bouthier
Mercredi 11 août 2010 - 10:00
Spidertech, équipe Continental canadienne avec des coureurs professionnels, fait actuellement une petite tournée en Europe. Après Paris-Corrèze et le Sparkassen Giro, la formation managée par l’ancien coureur professionnel canadien Steve Bauer (quatrième du Tour 1988, maillot jaune pendant 14 jours dans sa carrière) va participer, à partir de jeudi, à la Mi-août en Bretagne (ex-Mi-août bretonne), puis à d’autres courses UCI en Europe jusqu’à la fin du mois. L’occasion pour Velochrono d’interviewer Guillaume Boivin, l’un des coureurs les plus prometteurs de Spidertech, qui vient de terminer deuxième du Sparkassen Giro, en Allemagne, se permettant le luxe de battre André Greipel au sprint au passage.
Guillaume Boivin, vous avez 21 ans. Comment êtes-vous devenu coureur cycliste ?
J’ai commencé le vélo à l’âge de 15 ans. Je jouais au hockey-sur-glace, mais dans ma famille, il y avait quelques personnes qui faisaient du vélo. J’ai commencé à en faire moi aussi, l’été, ça m’entraînait pour le hockey. Et puis, petit à petit, mon intérêt pour la chose a grandi. J’ai commencé à avoir des résultats, chez les juniors, et j’ai décidé de changer de sport complètement.
Et maintenant, vous voilà coureur pro chez Spidertech, après y avoir été stagiaire au deuxième semestre 2009. Quel type de coureur êtes-vous ?
J’aime bien les sprints, surtout quand la course a été dure auparavant. On verra bien à l’avenir, mais pour l’instant je me considère plus comme un sprinter qui passe les bosses et règle un petit groupe qu’un sprinter qui attend le sprint massif. Pour le moment, je me sens surtout fort au sprint quand la course n’a pas été de tout repos, même si je me rends compte que chez les pros, il n’y a aucune course qui ressemble à une balade. Maintenant, je sprinte plutôt bien et j’aime les arrivées massives donc je m’y glisse quand même. Et puis, dans l’équipe, on m’encourage à sprinter le plus possible vu mes résultats (deux top 10 sur le Tour de Californie, top 10 sur la Classique de Philadelphie, deuxième du Sparkassen Giro, ndlr). J’ai un gabarit qui se prête bien au sprint.
Vous dites qu’aucune course ne ressemble à une balade chez les pros. Quand est-ce que vous vous en êtes rendu compte ?
L’an dernier, déjà, quand j’étais stagiaire, on avait couru le Tour du Missouri. J’ai commencé à comprendre ce que c’était les vraies courses ! Apres, cette saison, on a fait le Tour de Californie, le niveau était là encore très élevé. Ensuite il y eu la Classique de Philadelphie, puis maintenant les courses en Europe. Par contre, je connaissais l’atmosphère des courses européennes, parce que chez les juniors j’y avais couru quelquefois, en Belgique notamment. Je savais un peu comment ça fonctionnait.
Quelle différence il y a sur ces courses européennes, ou sur le Tour de Californie, par rapport aux courses que vous pouviez courir avant ?
Evidemment, ça roule plus vite, mais pour moi, la plus grande différence entre une course pro et une course amateur, c’est que la course est beaucoup plus contrôlée. Dans les courses amateurs, j’inclus en fait les courses que je dirais semi-pro, comme le Tour de Corrèze. Sur ce genre de course, des UCI qui ne sont pas Pro Tour, c’est beaucoup plus débridé. Cela fait dix jours que nous courrons en Europe, et pour l’instant je n’ai toujours pas connu plus difficile que le Tour de Californie.
« Spidertech a l’ambition de s’installer en Europe en 2011″
Comment s’est organisée cette tournée de l’équipe Spidertech en Europe ?
Jusqu’à fin juin, notre calendrier était bien chargé. Personnellement, j’ai fait une soixantaine de jours de course entre janvier et juin, que des UCI. Ensuite, comme l’effectif n’est en plus pas très étoffé, on a fait un mois de juillet assez relax. Mais en septembre, il y a les nouvelles classiques Pro Tour, à Québec et Montréal. Il y aura une sélection canadienne, et plusieurs coureurs de l’équipe sont pré-sélectionnés. Du coup, les dirigeants voulaient nous mettre dans les meilleurs conditions pour gagner notre place. Et comme en août, il y a très peu de courses en Amérique, nous voilà en Europe.
Il y a également une ambition de grandir pour l’équipe ?
Tout à fait. Spidertech a l’ambition de s’installer en Europe l’an prochain, de grandir petit à petit pour disputer, peut-être un jour, le Tour de France. L’an prochain, l’équipe devrait déjà venir plus souvent en Europe pour y disputer des courses. Venir ici en août permet de nous faire connaître par d’autres courses, ce qui pourrait nous permettre d’obtenir des invitations.
N’est-ce pas aussi une occasion aussi pour vous, coureurs, de briller et de décrocher un contrat dans une équipe européenne ?
Peut-être, mais franchement, il n’y a pas d’individualisme au sein de cette équipe. On est tous amis, et à chaque course, on sait, en fonction du parcours, qui a une chance de faire un résultat. Cette honnêteté fait notre force : chaque fois, on sait pour qui on va rouler. Globalement, on a plusieurs coureurs assez forts au sprint, comme moi. François Parisien grimpe pas mal, on l’a vu à Paris-Corrèze. Boily a fait une belle place et un sacré boulot sur le Sparkassen Giro. On est cinq ou six gars à être capables de gagner si on a un peu de réussite.
Mais si une équipe du Pro Tour ou Continental Pro vous propose un contrat ?
Il faudrait voir ce dont il s’agit vraiment. Sans doute qu’au-delà de mon cas personne, ce serait aussi un bonne vitrine pour le cyclisme canadien. Mais pour l’instant je suis chez Spidertech et je ne pense pas à ça. Je ne veux pas penser à mon cas personnel pendant que l’on fait des courses, on verra à la fin de la saison. L’objectif, c’est de faire d’aller chercher des résultats, et que ce soit pour moi ou pour l’équipe, c’est la même chose. Je pense plus à être concentré et aller chercher des résultats, plutôt qu’à où je serai l’an prochain.
« Les deux nouvelles courses canadiennes sont super importantes »
Jeudi, c’est le début de la Mi-août en Bretagne. Quels y sont vos objectifs ?
On aimerait y gagner au moins une victoire d’étape. Le parcours nous convient bien, il y a des petites bosses sur les étapes, le genre de truc où il y a une échappée qui part et ça se joue au sprint dans un petit groupe. Une victoire d’étape ce serait super pour nous. Après, pour ce qui est de décider qui va être leader, on va se réunir mercredi soir pour établir notre plan de marche. Il n’y a rien de pré-établi.
Serez-vous dans l’équipe du Canada sur les GP de Québec et Montréal, les nouvelles épreuves Pro Tour ?
Je fais partie des treize coureurs de la pré-sélection, donc j’ai ma chance. Avec mes résultats sur le Sparkassen, en Californie, et ma prestation correcte sur Paris-Corrèze, je pense que j’ai des chances d’être au Canada, j’espère en tout cas. Ces courses sont super importantes pour nous, c’est sur nos routes d’entraînement, devant nos amis. Elles sont là pour au moins les cinq prochaines années, et c’est vraiment idéal pour les jeunes coureurs, ça ne peut que les faire rêver, les encourager à faire du vélo. On va accueillir à bras ouverts le monde du cyclisme.
Pouvez-vous nous dire un mot sur les parcours de ces deux classiques toutes nouvelles ?
Le parcours de Montréal est plus ou moins celui de l’épreuve de Coupe du monde féminine. C’est un circuit difficile, avec deux bosses d’un peu plus d’un kilomètre à chaque tour, donc les montées reviennent à chaque tour, ce ne sera définitivement pas un sprinter qui s’imposera. C’est une course pour puncheur. Le circuit de Québec est plus facile, mais il se termine en haut d’une bosse assez dure donc il est également plutôt réservé aux puncheurs. Ce sont deux circuits qui ressemblent vraiment à des parcours de Championnat du monde.
Photo : Spidertech






#1 
D’après les noms de coureurs qui sont pour la grande majorité à consonnance française, il s’agit d’une équipe québecquoise. Elle devrait trouver un bon accueil auprès du public français.
Au Canada, le contingent des bons cyclistes est essentiellement québécois. Hesjedal, Tuft et Barry sont des exceptions. Ils sont engagés dans des équipes anglo-saxones. Les équipes françaises pourraient peut-être regarder plus vers le Québec.
Le parcours Pro-Tour de Montréal (le 12 septembre) est à très peu près identique au parcours du Championnat du monde de 1974 gagné par Merckx devant Poulidor. Le français Martinez fait troisième et Bernard Thevenet avait été le grand animateur de ce championnat très difficile.