Joie de courte durée pour BMC Racing

Par Alexandre Philippon
Jeudi 22 avril 2010 - 16:09
L’équipe BMC Racing avait attaqué le mois d’avril avec un compteur victoires encore vierge. La campagne des Flandriennes n’avait pas rassuré, et celle des Ardennaises s’engageait mal. Jusqu’à ce que le champion du monde, Cadel Evans, sorte de son silence sur le Mur de Huy. En remportant la Flèche wallonne, l’Australien permet à son équipe de s’offrir son premier grand succès, au cours d’une journée de mercredi qui, en fait, n’aura pas été aussi heureuse qu’elle ne devait l’être. Car jeudi matin, ce qui fait parler, ce n’est plus le succès de la veille, mais le contrôle positif de Thomas Frei, aligné sur le Tour du Trentin.
La confiance d’ASO
Quand il y a trois semaines, Amaury Sport Organisation révélait la liste des équipes invitées pour le Tour de France 2010, la présence de BMC Racing pouvait étonner certains, notamment les membres des équipes non-retenues, comme Vacansoleil et Saur-Sojasun. Il est loin d’être scandaleux que de donner une wild card à une structure qui a dans ses rangs le champion du monde, candidat au podium à Paris, de surcroit coureur jouissant d’une côte de popularité jamais entamée : Cadel Evans. Pourtant, des critiques ont été entendues, avec comme principal argument, le fait que cette équipe BMC Racing ait été construite avec des éléments communs à l’ancienne Phonak, dans laquelle courraient de nombreux cyclistes pris pour dopage il y a quelques années, dont Floyd Landis, ex-vainqueur du Tour 2006. Or, John Lelangue, alors son directeur sportif, est revenu aux commandes d’une équipe sans avoir souffert de la moindre implication dans le cas de l’Américain. Andy Rihs, le grand patron de BMC, expliquait en début de saison que la Phonak avait été atteinte par la grippe espagnole, désignant les membres hispaniques du staff de l’époque, et non le dirigeant belge.
Les Flandriennes devaient leur plaire
Le rapprochement n’était donc pas forcément évident. BMC Racing est une équipe neuve, ambitieuse, à laquelle il était légitime de donner une chance. Le recrutement hivernal avait été plus qu’intéressant, avec l’arrivée, donc, de Cadel Evans, mais aussi de quatre coureurs de classiques, George Hincapie, Alessandro Ballan, Marcus Burghardt et Karsten Kroon. Il y avait de quoi aligner une grosse équipe sur la Grande Boucle, et cela a convaincu ASO. Sauf que sur les classiques pavées, là où on pouvait attendre la formation américaine en position de force, cela a été le vide quasi total. Seul Mister George, fort de son expérience, a pu se distinguer, jouant le succès sur Gand-Wevelgem. Ballan, Burghardt, tous deux étaient aux abonnés absents. La déception s’est donc emparée de ceux qui voyaient en BMC Racing une nouvelle armada pour les Flandriennes. Et même sur les courses moins importantes, les résultats ne venaient pas. Cadel Evans avait certes terminé troisième de Tirreno-Adriatico, mais la première victoire tardait à venir. Les trois premiers mois de compétition de l’ambitieuse structure laissaient présager d’un sérieux flop.
L’accroc Ballan, bien géré ?
D’autant plus qu’au manque de résultats s’est ajouté un problème dont BMC se serait bien passé. L’une des recrues phares de l’hiver, Alessandro Ballan, champion du monde 2008, se retrouvait impliqué, en compagnie de son coéquipier Mauro Santambrogio, dans l’Affaire de Mantoue. Ancien membres de la Lampre, les deux coureurs sont fait l’objet d’une enquête sur des faits qui ne concernent pas l’année en cours, et donc l’équipe américaine. Mais celle-ci a tout de même du prendre ses dispositions, affichant par la même occasion sa politique en matière de dopage : l’intransigeance. Les deux Italiens sont sortis temporairement de l’effectif, et ne sont pas alignés au départ de Paris-Roubaix. Jim Ochowicz, le Président de BMC Racing, se prive alors d’un atout de choix, mais le sacrifice est logique, compte tenu de l’enjeu. En écartant Alessandro Ballan, la réputation est sauve, et le contraste est affiché par rapport à une formation Lampre-Farnese Vini qui face à la même situation, conserve et soutient les éléments concernés.
Evans, leader isolé : ça se confirme
Alors après deux premières quinzaines d’avril compliquées, il fallait réagir. BMC Racing se présente au départ de l’Amstel Gold Race avec un leader désigné, Karsten Kroon. Le Batave, deuxième de l’édition 2009, se sent prêt à assumer son statut, et obtient le support de Cadel Evans. L’Australien travaille activement pour lui, mais l’ancien coureur de la Rabobank vacille, terminant à une neuvième place honorable mais loin de correspondre aux attentes. Alors trois jours plus tard, sur la Flèche wallonne, le champion du monde récupère la position d’homme protégé. Fini le travail d’équipe, Cadel Evans joue sa propre carte et s’impose, au prix d’un effort bien dosé sur le Mur de Huy. En début de saison, en vue d’une alors éventuelle sélection pour le Tour de France, une telle donne semblait prévisible : le transfuge de la Lotto allait tirer à bouts de bras son équipe de la mi-avril au mois de juillet. Sa victoire en Belgique permet à BMC Racing d’obtenir – enfin – un succès, qui de plus est la première classique majeure de la jeune histoire de la structure. La tendance est confirmée : le détenteur de la tunique arc-en-ciel devient le VRP de BMC.
Le problème Frei
Mercredi, en fin d’après-midi, l’heure est donc aux congratulations. ASO ne peut que se féliciter d’avoir invité la formation d’Andy Rihs sur le Tour de France, puisqu’elle fait finalement les gros titres avec la victoire de Cadel Evans devant Alberto Contador, le favori de l’péreuve de juillet, qui termine troisième. Le Pistolero découvre alors, s’il ne s’en doutait pas déjà, qu’il a face à lui un adversaire coriace, un de plus. La chute de Karsten Kroon, peu de temps avant le succès de son coéquipier, s’annonce ainsi être la seule mauvaise note du jour. Le Néerlandais souffre de plusieurs fractures à la face, mais vient quand même, en fin de soirée, se joindre à la fête, à la table de son équipe. Mais le lendemain matin, au petit déjeuner, sacrée gueule de bois : durant la nuit, le contrôle positif de Thomas Frei, qui participe alors au Tour du Trentin, plombe l’ambiance. BMC Racing, quelques heures après le premier temps fort de ses quatre années d’existence, doit aussi gérer son premier gros souci. Le cas Ballan avait été géré efficacement. Place au cas Frei, qui risque d’être bien plus problématique. Le jeune Suisse se préparait pour le Tour d’Italie, sur lequel il allait être le soutien le plus précieux de Cadel Evans. Si l’échantillon B s’avère être positif, il aura bien gâché la fête.
photo BMC Racing






#1 