John Gadret, coureur français de mai

En ce début juin, il est temps pour la rédaction de Velochrono de décerner le prix du coureur français du mois de mai. Et cette récompense revient à John Gadret, qui récolte les fruits de son remarquable Giro, où il a terminé premier représentant hexagonal, et surtout sixième meilleur coureur du peloton en haute-montagne. Le coureur de l’équipe AG2R-La Mondiale devance Jérôme Pineau (Quick Step) et Damien Monier (Cofidis), qui ont également brillé sur les routes transalpines, s’imposant respectivement à Novi Ligure et Peio Terme.

Gadret est de retour

Ils étaient six dans le top 25 de l’édition 2009, soit deux fois plus qu’en 2008. Les Français, sur le Tour de France, retrouvent des couleurs et cela laisse présager d’un bon cru en juillet prochain. Christophe Le Mével, 10e l’an passé, et Jean-Christophe Péraud, révélation de la première moitié de saison avec ses top 10 sur Paris-Nice et le Tour du Pays-Basque, s’annonçaient être les fers de lance du contingent tricolore entre Rotterdam et Paris. Mais un coureur s’est invité, en l’espace d’un mois, dans cette liste restreinte de coureurs hexagonaux prétendants à un top 10 sur la Grande Boucle 2010 : John Gadret, parmi les meilleurs en montagne sur un Tour d’Italie exigeant, confirme enfin ses performances d’il y a maintenant quatre ans. Une bonne nouvelle pour le cyclisme français, qui manquait d’éléments présentant ce profil, alliant qualités indéniables de grimpeur et absence de complexes face aux cadors.

Car oui, durant ces trois semaines de Giro, le Nordiste n’a jamais rechigné à se battre. Et son approche de la course diffère de celle qui – d’habitude – anime les Français : le coureur d’AG2R-La Mondiale a très clairement opté pour le choix du classement général. Pour lui, pas question de « laisser couler » pendant une journée pour avoir, plus tard, l’opportunité de prendre une échappée, même après une première semaine de course difficile, où les cassures lui ont fait concéder du terrain. En mars dernier, après avoir attaqué – en vain – Alberto Contador et les autres dans la montée de Mende, Christophe Le Mével disait ceci : « Je savais que c’était suicidaire de faire ça avec Contador, mais du coup, j’ai été en position de mieux comprendre ses accélérations, et ainsi voir ce qu’il fallait faire pour arriver à suivre. (…) Il faut faire ce genre de choses pour voir si les choses se passent bien ou pas pour vous. »

En s’attachant à accrocher la roue des Ivan Basso, Cadel Evans et Carlos Sastre, tant de coureurs déjà montés sur le podium du Tour de France, John Gadret a rejoint l’opinion du coureur de la Française des Jeux, laquelle rompt avec le traditionnel : « Je préfère gagner une étape plutôt que de terminer 13e« , que l’on entend souvent de la bouche de coureurs français. Chacun son truc, mais pour John Gadret, à maintenant 32 ans, l’heure est peut-être venue de terminer dans le top 15 du Tour de France. L’ancien spécialiste du cyclo-cross devrait être au départ de Rotterdam et s’il confirme ses sensations des Dolomites, il peut voir loin. Car cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu un élément tricolore à pareil fait, terminant troisième sur le contre-la-montre en côte du Plan de Corones.

Avec ce coup d’éclat, sur une ascension à moitié non-asphaltée, où seuls les costauds ont pu s’illustrer, John Gadret a fait fort. Il a démontré que seul face à la pente, il était capable de rivaliser avec les cadors. Si l’on comptabilise les temps des coureurs sur les seules étapes de montagne de ce Giro, le Français est 6e, derrière Alexandre Vinokourov et devant David Arroyo, et sans jamais avoir profité d’une présence au sein d’une échappée. Il a ainsi fait mieux qu’en 2006, année où déjà, on l’avait vu au niveau sur les cols transalpins, ce qui lui avait permis de révéler aux yeux du grand public. Depuis, la confirmation se faisait attendre, mais il n’est trop tard pour passer un nouveau cap. Sur le prochain Tour de France ?

Pineau, une autre résurrection

En s’imposant à Novi Ligure, le lendemain du premier jour de repos du Tour d’Italie, Jérôme Pineau n’a pas réalisé une performance anodine. Car celle-ci lui permet de prendre un nouveau départ. Pour le coureur de l’équipe Quick Step, ces dernières années ont été difficiles, avec cinq saisons consécutives sans le moindre succès. Cela ne veut pas dire que le Normand n’a rien fait pendant tout ce temps, au contraire : il a accumulé les places, et pas à n’importe quel niveau, puisqu’il s’est classé à quatre reprises parmi les 11 premiers de classiques ardennaises entre 2005 et 2008. Par ailleurs vainqueur de la Coupe de France, sa traversée du désert est à relativiser. Au niveau en tant que coureur, Jérôme Pineau a surtout manqué de chance, un comble pour un coureur qui présente ce mélange de punch et de vitesse, qui généralement permet d’aligner les succès.

C’est ce qu’il devra faire en s’appuyant sur cette victoire en côte ligure. Lauréat à 5 reprises durant l’année 2004, il avait conclu la saison en tant que 35e mondial au classement UCI. Un rang avec lequel il souhaiterait renouer. « J’étais certain que je reviendrais mais ce succès a servi de déclic, a t-il confié à Ouest-France. Je l’ai senti les jours suivants. Je sais que j’ai retrouvé mon niveau. » Porteur du maillot rouge de leader du classement par points, Jérôme Pineau a également bouclé le Tour d’Italie en étant le coureur ayant parcouru le plus de kilomètres échappé. Le symbole d’un état d’esprit conquérant, qui pourrait lui avoir permis de gagner sa place, non seulement dans la formation Quick Step qui participera au prochain Tour de France, mais aussi dans l’effectif 2011, si Patrick Lefévère lui offre ce nouveau contrat qu’il brigue.

Monier, sur la montante

Damien Monier est davantage une révélation qu’une confirmation. Âgé de 27 ans, il était moins attendu sur les routes du Tour d’Italie que les deux coureurs qui le précèdent dans notre classement. Sa victoire à Peio Terme, il l’a obtenue en homme fort, le plus complet d’une échappée dessinée en début d’étape, dans laquelle il était parvenu à se glisser avec brio, mais aussi acharnement. Le coureur de la Cofidis a confié à Velochrono que ce succès pouvait lui servir de déclic, lui apporter plus d’assurance. « C’est “ma” preuve que je suis capable de gagner. Cela va me libérer : maintenant le compteur est débloqué. Il va falloir continuer de courir pour gagner. Beaucoup de personnes m’ont dit que ça allait en appeler d’autres… »

Cette performance italienne vient ponctuer un mois de mai qui pour l’Auvergnat ne s’est pas résumé au seul Giro. Près de quatre semaines après son exploit, il s’illustrait sur les routes du Tour des Asturies, où on l’avait vu attaquer sur les pentes de l’Alto del Acebo. Désormais, Damien Monier est peut-être en passe de gagner sa place sur le prochain Tour de France. Son Tour d’Italie ne l’a pas entamé physiquement – « Je sors fatigué, mais pas cramé. » - et a surtout aiguisé son appétit : « Il est certain que mes récentes bonnes performances au Giro ne peuvent être qu’un plus en vue d’une sélection pour le Tour de France, mais au jour d’aujourd’hui l’équipe n’est pas encore connue à 100% par mes dirigeants. Je suis dans les 10, et maintenant je croise les doigts !« 

Avril – PERAUD Jean-Christophe
Mars
– FEDRIGO Pierrick
Février –  DUMOULIN Samuel
Janvier –  CHARTEAU Anthony


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