Johan Bruyneel : « Je suis sans voix »
Si certaines équipes ne recevant pas une invitation pour un Grand Tour préfèrent majoritairement accepter publiquement ces décisions et redoubler de travail pour y parvenir l’année suivante, ce n’est pas le cas de la RadioShack. Johan Bruyneel s’est exprimé avec virulence au sujet de la non-sélection pour la Vuelta de l’équipe dont il est le manager général. Dans un communiqué de presse, le dirigeant belge, sujet à une enquête menée par sa fédération suite à des accusations portées par Floyd Landis, fait part de son incompréhension : « Je ne suis pas seulement surpris, je suis sans voix. Au début, je pensais que c’était une erreur alors j’ai appelé l’organisateur, Javier Guillen pour quelques explications. Il m’a dit que les autres équipes lui offraient de meilleures possibilités sur le plan sportif. J’ai dû lui demander de répéter car je ne pouvais pas croire cela, mais j’ai bien entendu : nous n’aurions pas une équipe assez bonne. »
Pour se défendre, Johan Bruyneel souligne l’incohérence de cet argument. Il est vrai que vu l’identité des coureurs qu’il souhaitait aligner sur l’épreuve espagnole, l’explication des organisateurs ne tient pas debout. « Je ne peux pas accepter ou comprendre cette décision, déclare t-il. Avec Levi Leipheimer, Andreas Klöden, Christopher Horner et Janez Brajkovic, nous aurions eu quatre vainqueurs potentiels Vuelta dans le roster que nous avions envoyé à Unipublic. Nos objectifs pour 2010 étaient le Tour de France et le Tour d’Espagne. C’est pourquoi – mais aussi pour bien performer dans le Tour de Californie – nous avons fait l’impasse sur le Tour d’Italie cette année. »
L’ancien coureur prend cette non-sélection comme un affront personnel. Vexé, il entend répliquer mais pas seulement pour défendre sa structure : « Après ce que j’ai entendu aujourd’hui, je vais prendre cela comme une mission individuelle : à partir de maintenant je vais me battre pour les intérêts des équipes cyclistes. (…) Je vais travailler pour cela aussi dur que j’ai travaillé pour ma propre équipe. Il est vraiment urgent que des mesures soient prises dès maintenant, car il est désormais temps que les organisateurs écoutent l’opinion des équipes. Je ferai tout ce que je peux pour mettre tous les grosses équipes sur un pied d’égalité. Ce qui s’est passé aujourd’hui est seulement un détail. »
Johan Bruyneel en profite ainsi pour mettre le doigt sur ce qu’il juge imparfait dans le sport cycliste. Il souligne un manque de considération : « En vélo, il y a trois principaux acteurs : l’UCI, les organisateurs et les équipes/coureurs. Contrairement aux autres sports professionnels, les équipes et les coureurs ne sont jamais entendus. Je vais me battre pour nos droits. (…) Il y a un abus de pouvoir. Certains organisateurs ne donnent pas envie à des sponsors potentiels d’investir dans notre sport. Il est injuste qu’un nouveau sponsor, qui vient dans le cyclisme avec beaucoup d’enthousiasme, ne soit pas récompensé pour sa contribution financière. Pour moi, il est difficile d’expliquer à mon parrain que 21 autres équipes sont apparemment meilleures que la notre. Surtout quand ce n’est pas vrai. Ces décisions sont injustes pour nos sponsors ainsi pour nos supporters. »
« Il est grand temps pour le cyclisme professionnel de véritablement devenir professionnel, ajoute t-il. La structure de notre sport a besoin d’évoluer vers un modèle de réussite, inspiré d’autres sports comme le football, le tennis, la Formule 1. Aujourd’hui, ce qui s’est passé pour notre équipe et nos sponsors, demain ce pourrait arriver à n’importe quelle autre équipe. Même si certains n’aimeront pas voir ou entendre cela, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour contribuer à la réalisation de cet objectif. »
L’équipe RadioShack n’était pas qualifiée d’office pour le Tour d’Espagne car ayant été mise sur pied cet hiver, elle n’est pas concernée par les accords qui permettent jusqu’à la fin de cette saison à 16 structures d’être sélectionnées d’office pour le trois Grands Tours. Déjà pour le Tour de France, il a fallu que la formation texane obtienne son sésame, lequel a été délivré par ASO. Mais les organisateurs de la Vuelta n’ont pas souhaité voir cette équipe au départ de son épreuve. Pourtant, ASO – justement – a racheté cette épreuve l’année dernière, d’où l’incompréhension de Bruyneel, qui pensait avoir le soutien d’Issy-les-Moulineaux. Il est évident que cela n’est donc pas un choix sportif, mais une décision prise dans le sens de l’image de leur compétition. Unipublic semble avoir jugé qu’étant donné l’atmosphère qui entoure RadioShack, cela pouvait être nocif pour son épreuve. C’est en tout cas la seule explication qui nous semble plausible. Cela voudrait dire que les déclarations de Floyd Landis n’étaient pas, indirectement, un coup pour rien.






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