« J’ai beaucoup progressé en participant au Tour »

Par Baptiste Bouthier
Mardi 18 mai 2010 - 7:00
A 27 ans, Fumiyuki Beppu est dans sa sixième année de professionnel. Resté trois saisons chez Discovery Channel, le premier Japonais a avoir autant couru chez les professionnels a ensuite émigré deux saisons dans l’équipe Continental Pro Skil-Shimano. Revenu cet hiver dans le giron de Lance Armstrong et Johann Bruyneel, au sein de Radio Shack, Beppu est un coureur de l’ombre, un gregario. Mais un gregario japonais, ça se remarque. A l’attaque sur le Tour de Picardie, Beppu s’est confié, en marge de cette épreuve, à Velochrono. L’occasion d’en savoir plus sur lui, ses envies, sa carrière, ou encore sa relation avec l’autre Japonais du peloton, Yukiya Arashiro.
Fumiyuki Beppu, on vous a vu à l’attaque sur la première étape du Tour de Picardie, avant que vous ne chutiez le lendemain.
Vendredi, on était échappé jusqu’à quatre kilomètres de l’arrivée. Malheureusement, on ne s’est pas trop entendu dans le final. J’ai pris deux fois des bonifications au passage, du coup j’étais troisième du général après cette première étape. Je voulais défendre cette place mais samedi, j’ai en effet été pris dans la chute collective à quatre bornes de l’arrivée. C’est vraiment dommage parce qu’à un kilomètre près, je n’aurais pas perdu de temps. Le premier a chuter c’était Napolitano, après je ne sais pas. Heureusement, je suis tombé sur un parterre de fleurs donc je ne me suis pas fait mal. C’est le cyclisme, c’est la vie.
« En fait, c’est facile le cyclisme »
Vous sembliez facile, dans l’échappée, vendredi. Vos deux compagnons à l’avant, Tristan Valentin et Niels Brouzes, se méfiaient d’ailleurs beaucoup de vous.
Avant c’était un peu dur pour moi ce genre de courses, mais maintenant c’est beaucoup plus facile. Je trouve que ça va moins vite qu’avant. C’est tout juste si je ne trouvais pas que l’échappée allait trop doucement vendredi ! Je pense que j’ai beaucoup progressé en participant au Tour de France, l’an dernier. C’est après ça que j’ai senti que j’avais fait de gros progrès. Ca me donne beaucoup de confiance. En fait, j’ai compris que dans le cyclisme, il fallait être à bloc au début et à la fin. Et au milieu, c’est plus tranquille ! En fait c’est facile…
L’an dernier, vous avez participé à votre premier Tour de France, chez Skil-Shimano. Pensez-vous faire de même cette année chez Radio Shack ?
Ca va être difficile, parce qu’on a beaucoup de bons coureurs. On a la meilleure équipe cette saison, je pense. C’est dommage, mais c’est comme ça. A moi de me montrer sur des plus petites courses comme le Tour de Picardie ou celui de Belgique, auquel je vais bientôt participer. Je suis déjà content de faire ces courses-là. Sur les grandes courses, je ne fais que travailler pour les autres. J’aime bien le travail pour les autres mais j’ai aussi besoin de faire des résultats pour moi. C’est aussi pour ça que j’ai attaqué vendredi. C’est sur ces courses-là que je peux penser à moi.
Cet hiver, le passage de Skil-Shimano à Radio Shack, précisément, a été tumultueux. Vous n’êtes arrivés que tardivement au sein de l’effectif de l’équipe américaine, car la formation néerlandaise ne voulait pas entendre parler de ce transfert. Racontez-nous…
Je ne veux pas trop parler de cette histoire, je veux plutôt l’oublier. Ca a été dur pour moi. J’ai toujours voulu aller chez Radio Shack. Il y a eu des histoires de contrat. Selon l’UCI, mon contrat chez Radio Shack annulait celui chez Skil, mais les Néerlandais ne voulaient pas entendre parler de départ, ils disaient que mon contrat était toujours valable. Heureusement, ça a fini par s’arranger, mais très tard : début février ! Du coup je m’entraînais de mon côté, mais j’ai raté toute la préparation avec l’équipe. Au moins, il y a eu un dénouement positif. Parce que si la décision n’avait été prise qu’en juillet ou août, ma carrière aurait été terminée.
« On n’est pas passé loin d’une victoire japonaise ! »
Vous étiez le premier Japonais à venir courir en Europe, mais l’an dernier, vous avez partagé la première participation d’un Nippon avec Yukiya Arashiro. Êtes-vous en contact avec votre compatriote, qui court actuellement le Giro sous les couleurs de Bbox Bouygues Telecom ?
Je suis très copain avec Arashiro. Sur le Tour c’était super, en première semaine on a fait des places d’honneur sur des étapes, l’un après l’autre. Depuis on échange souvent des sms, on s’appelle. Je le suis sur le Tour d’Italie. Au départ, je lui ai envoyé un texto parce qu’il a toujours de bons résultats en Italie : je lui ai souhaité bonne chance. Et dès le lendemain, il va dans la bonne échappée et il fait troisième en faisant une super course. On est pas passé loin d’une victoire japonaise ! Je l’ai félicité et il m’a répondu : bonne chance à ton tour ! Je l’ai pris au mot : le lendemain, c’était à moi de partir dans la bonne échappée et de ne pas passer loin d’un succès…
On vous voit beaucoup à l’attaque. Du coup, on ne sait pas trop quel type de parcours vous convient le mieux ?
Je suis un coureur un peu spécial… L’année dernière, j’ai remporté le classement de la montagne de la Route du Sud, et celui de la Ronde de l’Isard, c’est quand même des courses qui grimpent ! Donc je ne suis pas trop mauvais quand la route s’élève. Après, j’aime bien quand c’est plat aussi… Je suis tout terrain en fait. Par contre, passé 1 500 mètres, j’ai beaucoup de mal, je n’ai pas assez d’oxygène.
Et la pointe de vitesse ?
Je me suis entraîné au sprint cet hiver, j’ai progressé. L’échappée de vendredi par exemple, je pense que j’étais le meilleur au sprint. D’ailleurs ils avaient peur de moi en cas d’arrivée à trois, c’est pour ça qu’ils ne roulaient plus trop. Le sprint en gros peloton, je n’aime pas, mais dans un petit paquet, c’est déjà plus mon truc. J’ai fait de la piste au Japon, et c’est quelque-chose qui ne me fait pas peur.
Photo : Radio Shack






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