Monier : « Continuer de courir pour gagner »

Par Alexandre Philippon
Jeudi 3 juin 2010 - 18:20
Vainqueur d’une étape de montagne à Peio Terme, Damien Monier est l’une des grandes satisfactions françaises du Tour d’Italie. Le coureur de l’équipe Cofidis revient pour Velochrono sur trois semaines de course exigeantes, ponctuées par cette magnifique performance. Un premier succès chez les professionnels qui devrait appeler d’autres bonnes nouvelles. A commencer par une sélection sur le Tour de France ?
Tu as été appelé en dernière minute pour pallier le forfait de Tristan Valentin. Heureusement, tu avais couru le Tour des Asturies qui avait fait office de bonne préparation : tu pensais pouvoir faire de belles choses sur ce Giro ?
Je pense que le Tour des Asturies était une tres bonne préparation pour le Giro. J’avais des ambitions en allant en Espagne et mon niveaude forme était plutot bon. Je me classe dixième du contre-la-montre et finit huitième le lendemain, sur une arrivée au sommet d’un peu plus de 10 kilomètres. De plus, j’arrive pour la place de troisième avec un petit groupe où il y avait Mosquera, Intxausti – alors leader -, Perez … Donc je me suis dit que la condition était là. Et oui, après ça j’esperais vraiment, déjà pouvoir participer au Giro, et après cibler quelques étapes pour pouvoir essayer de jouer la victoire.
« La première semaine a été une pure horreur pour moi ! »
Comment as-tu vécu l’incroyable première semaine ? Avec les chutes, les bordures, et en apothéose, la boue des strade bianche, t’es-tu dit : vivement qu’on en finisse ? Ou bien a contrario, t’es-tu dit : j’aurais des opportunités plus tard, il faut s’économiser ?
En fait, je suis passé par les deux sentiments ! La première semaine a été une pure horreur pour moi ! En commençant par les routes hollandaise et ses très nombreuses chutes, il fallait etre un vrai artiste pour passer entre les balles ! Ensuite le mauvais temps est fait son apparition et il y a eu de nouveau beaucoup de chutes. Je continuais à prendre des cassures à l’approche des arrivées : ce n’est pas un scoop, les arrivées d’étapes italiennes sont assez dangereuses, donc avec la route mouillée en plus, cela n’arrangeait vraiment pas mes affaires. Cela commençait à me démoraliser à force, surtout que je suis un coureur qui aime le beau temps et les grosses chaleurs. Et le pompon, cela a été cette étape des « chemins blanc », qui n’en portaient que le nom ! La pluie et le froid toute la journée, couplé à mon habilitée legendaire sur les chemins boueux… J’avais encore de très bonnes sensations jusqu’à cette etape, mais il m’a fallu trois journées complètes pour commencer à en récupérer. J’ai trouvé des photos de moi à la sortie du premier chemin, j’avais l’impression d’avoir 30 ans de plus ! Malgré cela il fallait arriver à s’économiser au maximum, en attendant des jours meilleurs, ce qui était très difficile avec de telles conditions.
Suite à la deuxième place de Julien Fouchard à Novi Ligure, quel sentiment primait dans l’ensemble du groupe Cofidis ? La déception d’avoir été battus pour la gagne, ou de la motivation supplémentaire, comme un joli coup de boost pour la suite des évènements ?
Encore une fois je pense que les deux sentiments sont passés dans la tête de chaque coureur de l’équipe. Tout le monde était surtout très content pour Julien, mais aussi un peu deçu pour lui d’etre passé si près de l’exploit (le Breton a été battu par le seul Jérôme Pineau, NDLR). Mais tout le monde c’est aussi dit qu’il fallait être opportuniste et aller de l’avant. Plus on avançait et plus on se rendait compte que les échappées allaient souvent au bout.
L’Aquila ? « Une journée de vraie galère »
Quel regard portes-tu sur l’étape de L’Aquila ? Pensais-tu un jour vivre ça dans une étape de Grand Tour ?
Non. Honnêtement, je ne m’attendais vraiment pas à voir ça sur un Grand Tour. Surtout que l’équipe Astana avait tres peu roulé et devait normalement avoir assez de fraîcheur pour pouvoir faire revenir tout le monde dans le droit chemin ! Et il y avait jusqu’alors tout le temps eu une équipe qui avait quelque chose à défendre et roulait à la place de l’équipe du leader. Personnellement, j’avais tenté ma chance sur le plat juste avant d’attaquer la bosse, et quand j’ai vu tous ces coureurs devant, je me suis dit : reste tranquille ça ne partira jamais, il y a trop de monde, ça ne va pas tarder à mettre en route. Je me suis bien trompé ! En plus de cela, c’était encore une journée de vraie galère, avec 265 kilomètres sous la pluie, des cols avec des coureurs éparpillés partout. Tout le monde a fini rincé de cette étape.
L’étape que tu remportes à Peio Terme, l’avais-tu cochée ? Montagneuse, mais pas terriblement dure en comparaison avec celles des autres jours, elle correspondait pleinement à tes caractéristiques.
Oui c’est une etape que j’avais coché ! Je me suis dit qu’il y avait beaucoup de chance que ça aille au bout. Mais en contre partie, beaucoup de coureurs voulaient être devant. J’y ai laissé beaucoup de plumes pour pouvoir trouver le bon coup. L’étape n’etait pas facile, mais le fait d’avoir beaucoup d’avance l’a rendue un peu moins dure. Le gros col du milieu d’étape a été monté au train. Le but du jeu était d’arriver à s’economiser un maximum en vue du final, car cette arrivée me convenait parfaitement : de belles routes qui rendent bien, un pourcentage de 6-7 % en moyenne, avec une belle rampe de lancement à 12%, trois kilomètres avant l’arrivée. Il faut dire que je connaissais les 30 derniers kilomètres, car y ayant déjà fait le Tour du Trentin quelques années auparavant.
Son succès à Peio Terme : « Il ne fallait pas trop gamberger »
Ce jour là, quand as-tu compris qu’il y avait un coup à jouer ?
J’ai compris que le coup était jouable après avoir terminé la descente du premier col. On a perdu trois minutes dans la montée et j’ai cru que le peloton voulait vraiment revenir. Mais en bas, l’écart avait de nouveaux augmenté, donc c’était bon.
Quand on est dans une échappée qui prend une certaine avance et que l’on sait qu’il y a une opportunité de victoire, a-t-on vraiment le temps de voir qui nous accompagne dans le groupe, et a-t-on a la lucidité nécessaire pour bien analyser la situation, les forces et faiblesses des adversaires ?
Oui, quand on sait que le coup va aller au bout, il faut commencer à analyser, voir qui a l’air mieux que qui, quand faut il attaquer, qui va attaquer en premier… Mais ce n’est pas facile a prédire tout ça ! Et il ne fallait pas trop gamberger, au risque d’y perdre son jus. Tout ce que je me disais, c’était qu’il fallait que je me retrouve dans un groupe réduit, à l’approche des 3 derniers kilomètres.
C’est ton premier succès pro. Que va t-il t’apporter pour la suite ?
De l’assurance, ça c’est sur. C’est « ma » preuve que je suis capable de gagner. Cela va me libérer : maintenant le compteur est débloqué. Il va falloir continuer de courir pour gagner. Beaucoup de personnes m’ont dit que ça allait en appeler d’autres …
Être au départ du Tour de France ? « Je croise les doigts »
Comment sors-tu de ce Giro exigeant ? Très fatigué ?
Je sors fatigué, mais pas cramé. Disons que c’est de la bonne fatigue ! De mes 4 Grand Tours, c’est celui où je sors le moins fatigué. Il faut dire que j’étais plus jeune, je n’avais pas la même expérience et le même niveau sur les précédents. J’ai su jouer avec le gruppetto pour en garder un peu, pour des étapes qui me conviendraient mieux.
Quelle est la suite du programme ? Les championnats de France ? Une sélection pour le Tour de France te semble t-elle possible grâce au succès de Peio Terme ?
La suite du programme, ce sera d’abord la Route du Sud, ce qui me laisse bien le temps de recharger les batteries. Puis j’enchaînerais avec les championnats de France, que ce soit le chrono et la course en ligne. Ensuite, il est certain que mes récentes bonnes performances au Giro ne peuvent être qu’un plus en vue d’une sélection pour le Tour de France, mais au jour d’aujourd’hui l’équipe n’est pas encore connue à 100% par mes dirigeants. Je suis dans les 10, et maintenant je croise les doigts ! Beaucoup de personnes de mon entourage souhaitent autant que moi de me voir sur les routes au mois de juillet …
photo team sky






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