Blain, nouvelle carrière chez Endura

Par Alexandre Philippon
Mardi 9 février 2010 - 13:40
Après deux saisons chez Cofidis durant lesquelles il n’a jamais vraiment été en réussite, étant notamment gêné par des blessures, Alexandre Blain a du se résoudre à trouver une nouvelle équipe pour 2010. Le voilà finalement de l’autre côté de la Manche, chez Endura Racing. La formation britannique est invitée sur le Tour Med, qui débute mercredi. L’occasion pour Velochrono de s’entretenir avec Alexandre Blain, et d’évoquer son nouveau départ.
Comment s’est passé l’intersaison pour toi, entre ton départ de Cofidis et ton arrivée chez Endura Racing ?
Ca a été un peu compliqué. Ca s’est terminé un peu tardivement avec Cofidis, et pas dans des très bons termes. Dès que j’ai pu, je me suis mis à la recherche d’une nouvelle équipe, mais beaucoup étaient déjà complètes. J’ai tenté toutes les solutions possibles, c’était très compliqué. J’ai eu quelques petites touches avec Astana ou Quick Step, mais rien qui n’ait abouti. Je n’ai rien lâché, j’ai toujours continué à m’entraîner. Je me suis amusé à faire un peu de triathlon entre temps. C’est ça qui m’a motivé à garder la forme. A partir du 20 novembre, j’ai repris l’entraînement comme un coureur professionnel, en gardant toujours l’espoir. J’avais toujours des touches à droite et à gauche mais rien n’aboutissait. Et finalement, Endura Racing cherchait un Français et m’a contacté fin décembre. Ils étaient en train de grandir. C’était une bonne opportunité. J’ai réfléchi assez rapidement et ça s’est fait comme ça.
Tu dis qu’Endura Racing cherchait un coureur français. Cela signifie que dans leur projet d’équipe, il y a une volonté de se tourner vers ce pays ?
Oui, une volonté de grandir et une volonté d’évoluer sur le continent, les courses françaises, espagnoles, italiennes, etc. Malgré leur culture anglo-saxonne, ils essayent vraiment de grandir en passant par les courses importantes du calendrier étranger. Et pour s’ouvrir aux épreuves françaises, notamment en début de saison, cela les intéressait d’avoir un coureur français dans leur équipe.
Depuis que tu as signé chez Endura Racing, est-ce qu’il y a déjà eu des rassemblements d’avant-saison, qui t’ont permis de mieux connaître ton nouvel environnement ?
Oui, je suis monté à la présentation de l’équipe à Londres, pendant trois jours fin janvier. J’avais loupé le premier stage car j’étais arrivé un peu trop tard. J’ai pu faire connaissance avec eux. C’est une équipe très anglo-saxonne, il n’y a que des coureurs du Royaume-Uni ou de Nouvelle-Zélande. J’ai pu avoir une adaptation assez rapide, j’ai essayé d’améliorer mon anglais, mais cela allait déjà, donc cela a été assez facile. J’ai reçu une très bonne intégration. Tout de suite, ils m’ont bien accueilli. Une très bonne ambiance s’est installée. C’était aussi appréciable de voir la rigueur dans l’administration et dans le staff, où tout est vraiment carré, bien organisé. Rien n’est laissé au hasard. Ils ont tout fait pour que l’intégration se fasse vite et bien. Ils sont arrivés lundi pour un camp de base d’un mois à Villeneuve-Loubet, à Marina-Baie des Anges. C’est tout près de chez moi. On part ce mardi pour le Tour Méd, et après on reste à ce camp de base jusqu’à la fin février. On pourra alors vivre ensemble et continuer à se connaître, créer des vrais automatismes d’équipiers.
Tu ne connaissais personne dans cet effectif d’Endura Racing ?
Si, j’en connaissais certains de nom, comme Patridge, Wilkinson et bien évidemment Hayles et Bauer. Ce sont des coureurs dont on voit parfois les noms sur les sites de vélo, et certains se sont illustrés sur le calendrier anglais, comme sur le Tour de Grande-Bretagne. Mais bon, il est vrai qu’ils ne sont pas hyper connus vu de France.
Ce sera Jack Bauer, le leader de l’équipe, malgré le fait qu’il soit lui aussi nouveau dans l’effectif ?
Apparemment, c’est vraiment un jeune talent. J’en avais déjà entendu parler l’an dernier. Là il est vraiment en train d’exploser, sous le soleil en Nouvelle-Zélande. En plus d’avoir gagné son championnat national, il vient de confirmer en gagnant une étape au Tour de Wellington. Donc oui, il risque d’être l’un des membres forts de l’équipe.
Dans cet effectif, est-ce que la plupart des coureurs ont une culture de la piste ?
Oui mais avec le recrutement, c’est devenu un effectif très mélangé. Ils ont certes une base de coureurs qui viennent vraiment de l’école de la piste, comme beaucoup de coureurs anglais. Et ils ont certains coureurs qui ont eu une formation différente, qui viennent plutôt du VTT ou qui sont « typés grimpeur » et qui n’ont jamais connu la piste, comme Ross Cleber, un jeune coureur champion d’Ecosse, qui a mon avis risque de se montrer dès que la route va s’élever. Ou comme Robert Patridge, qui a lui aussi un gabarit de grimpeur. L’effectif est assez varié : même s’il y a cette culture piste, ils ont essayé de monter un groupe capable de s’adapter à tous les terrains.
Pour le Tour Med, Endura Racing bénéficie d’une invitation, mais vous n’étiez pas sur le Grand Prix La Marseillaise et l’Etoile de Besseges. Penses-tu que vous pourrez assez souvent participer à ce genre de courses, ou tu as quand même des craintes par rapport à cela ?
Je crois qu’ils n’ont même pas fait la demande pour ces deux courses-là. C’est sûr qu’en étant équipe britannique, avec essentiellement des coureurs anglo-saxons, c’est compliqué. Mais pour les candidatures pour le Tour Med et le Haut-Var, je n’étais pas encore dans l’équipe, alors cela risque maintenant d’influencer les choses. Avoir des coureurs français permet de montrer aux organisations que l’on fait des efforts, que l’on veut vraiment s’implanter. On a pas mal de contacts, on essaye de s’ouvrir au calendrier. On a postulé pour beaucoup d’épreuves de Coupe de France, et aussi pour le Tour de Picardie. Je pense que ce sont nos résultats de début de saison qui vont peser dans la balance, positivement ou négativement. J’espère que cela se passera bien pour accéder à ces courses là. Mais maintenant, vu les démarches engagées et les efforts que l’on fait, plusieurs organisateurs commencent à nous regarder, à ce dire que ce que nous faisons est pas mal, et donc à nous ouvrir leurs portes et nous écouter. Il faut que cela continue à aller dans ce sens.
Pour ouvrir ces portes, quel sera l’état d’esprit requis ? Aller prendre les échappées tous les jours dès le Tour Med ?
Déjà se montrer, d’être actifs sur les courses, et en plus de mettre des coureurs dans les échappées, essayer de faire des places. Être performant d’entrée, tout simplement.
Ton frère est chercheur en physiologie de l’exercice. Nous t’imaginons plutôt bien placé pour parler des critiques qui ont pu être émises sur les coureurs français, qui soi-disant s’entraîneraient mal. Tu en penses quoi de tout ça ?
Tout cela a vraiment changé. Je pense que ce sont de fausses rumeurs. Personnellement, beaucoup de coureurs que j’ai côtoyés chez Cofidis étaient très professionnels. La majeure partie, et encore plus la nouvelle génération, essaye d’avoir un programme d’entraînement réfléchi. Je pense que c’est un faux débat. On a toujours essayé de faire croire cela, mais je ne suis pas sûr que ce soit pour cette raison qu’il y a moins de coureurs français devant au niveau international, et surtout aux Championnats du Monde. Malgré tout, si l’on regarde la saison des Français l’an passé, elle était plutôt bonne. Pour jouer le classement général d’un Grand Tour ou une médaille aux Mondiaux, j’ai l’impression que c’est là que le bât blesse. On trouve cette excuse là mais honnêtement je n’en suis pas persuadé. En tout cas, les jeunes que je connais font les démarches auprès des gens qui ont des connaissances dans le milieu de l’entraînement et de la physiologie sportive. Je n’ai pas ressenti de laisser-aller à ce niveau. Il faudrait plutôt un renouvellement dans la direction sportive des équipes, je pense que c’est là qu’il y a du travail à faire. Au niveau des dirigeants et de l’encadrement, il y a beaucoup de personnes de la vieille école et qui ne sont peut-être plus à la page.
Crédit photo : Bart Hazen






#1 
Article intéressant sur un coureur dont la nouvelle expérience ne l’est pas moins. Merci.