Floyd Landis en remet une couche !


Floyd Landis en remet une couche !

Par Alexandre Philippon
Samedi 3 juillet 2010 - 5:38







Le Wall Street Journal annonçait vendredi via un teaser sans équivoque que Floyd Landis allait – dans l’édition de ce samedi – dénoncer par une interview exclusive « une culture de dopage systématique » dans le sport cycliste, dans un article pré-titré Blood Brothers (frères de sang, NDLR), où l’on voyait l’ancien coureur aux côtés de Lance Armstrong. Et bien ça y est, le journal est sorti et les nouvelles révélations sont fracassantes : elles visent le septuple vainqueur du Tour de France, et ce le jour même du départ du Tour de France. Dramatique.

Courant mai dernier, l’ex-vainqueur de la Grande Boucle 2006 avait déjà remis en cause le Texan et le manager qui le suit depuis 1999, Johan Bruyneel, avec lesquels il avait travaillé durant quatre saisons entre 2001 et 2004. Floyd Landis expliquait alors avoir eu recours à des produits interdits pour la première fois en juin 2002, alors qu’il faisait donc partie de l’équipe US Postal. Il confiait que Johan Bruyneel l’avait initié aux stéroïdes, au dopage sanguin et à l’hormone de croissance, en 2002 et 2003. L’Américain jurait aussi s’être fait prélever du sang en 2003, après s’être fracturé la hanche, dans l’appartement de Lance Armstrong à Girona, en Espagne. Selon lui, des poches de sang appartenant à Lance Armstrong et à George Hincapie était conservées dans un réfrigérateur dans cet appartement.

« Réalité sordide« 

Désormais, Floyd Landis en remet donc une couche, à quelques heures du prologue du Tour de France 2010. Il commence par raconter un certain 12 juillet 2004, jour de repos sur le Tour de France, et évoque une transfusion sanguine qu’il dit avoir reçu en compagnie de George Hincapie et José Luis Rubiera. Ce qui motive l’ancien coureur à raconter cela, c’est son envie de montrer quelle est la « réalité sordide » de son sport, rapporte le quotidien américain. Lequel explique avoir recueilli le témoignage de plusieurs coureurs ayant couru avec Lance Armstrong : sept ont dit qu’ils n’ont jamais rien observé de suspect, trois ont avoué s’être dopé pendant qu’ils courraient avec lui, et l’un d’eux a déclaré que le Texan s’était dopé.

Chad Berlach, ancien coureur de l’US Postal, a ainsi confié au WSJ, au sujet des allégations de Floyd Landis : « Je le crois car j’ai personnellement vu cela. Je ne suis pas prêt à faire des révélations sur mes amis, et donner des noms. Je dis juste que j’ai vu cela. C’était quelque chose de systématique. » Floyd Landis se lance alors dans un récit chronologique d’évènement, désireux de convaincre sur la crédibilité de ses dires. Il évoque d’abord une soirée qu’il dit se remémorer de 2000. Il est la recrue récente de l’équipe américaine et Lance Armstrong emmène un groupe de coureurs, pendant un stage de préparation, dans une boîte de nuit du nord de la ville. Il explique le menu : stripteaseuses, alcool, cocaïne.

Landis raconte son initiation au dopage

Puis Floyd Landis raconte une discussion avec Johan Bruyneel où il explique au dirigeant qu’il veut être des huit boys de Lance Armstrong sur le Tour de France 2001. Il dit que le Belge lui sous-entend alors qu’il doit se doper pour cela. Il ne sera pas aligné sur la Grande Boucle, mais en mai 2002, Floyd Landis affirme que Lance Armstrong lui parle de sa possible sélection pour le Tour, et lui propose alors de se rendre dans son appartement de Saint-Moritz, en Suisse. Il y rencontre alors le Docteur Ferrari.

En juin, Floyd Landis termine deuxième du Critérium du Dauphiné et prétend plus que jamais à être sur le Tour. Il explique qu’à son retour à Saint Moritz, Lance Armstrong lui « donne quelque chose pour réduire son temps de récupération dans les semaines précédant le Tour. » Que Johan Bruyneel lui explique qu’il existe des petites doses de testostérone qu’il peut s’administrer toutes les trois nuits. Et qu’il l’initie également au dopage sanguin. Floyd Landis dit avoir « accepté sans hésiter« . Puis il en vient ainsi pour la première fois à faire quelque chose « d’interdit par les règles du cyclisme.« 

Saint-Moritz, Gérone …

Floyd Landis raconte ensuite comment le Docteur Ferrari, conseiller d’entraînement de Lance Armstrong, lui a extrait un demi litre de sang. L’Italien lui a alors expliqué qu’il lui serait réinjecté pendant le Tour de France, quand son corps manquerait de globules rouges. Floyd Landis se souvient de Lance Armstrong qui lui expose comment fonctionne le matériel de transfusion, et lui explique que les coureurs prenaient de l’EPO mais qu’à cause des contrôles, le dopage sanguin est désormais de rigueur.

Ensuite : 2003. Floyd Landis prétend que Lance Armstrong et de nombreux autres coureurs de l’équipe US Postal se rendent à Gérone, en Espagne, pour se faire extraire du sang. Il déclare l’y avoir fait avec Lance Armstrong et George Hincapie. 2004 : Floyd Landis aborde le début de complication de ses rapports avec Johan Bruyneel. Sur Paris-Nice, il manque de près la victoire d’étape à cause d’un problème mécanique. Il demande alors à pouvoir disposer du même matériel que Lance Armstrong. Il se souvient avoir dit, en ciblant le Texan : « Il y a un gars qui peut avoir un jet privé, et moi je ne peux pas avoir un vélo ? » Les choses commencent à s’envenimer.

2004 : de l’eau dans le gaz ; 2005 : départ pour Phonak

Floyd Landis raconte alors quel est l’argument de Johan Bruyneel : il lui explique avoir dû vendre des vélos pour récupérer des fonds afin de participer au « programme de dopage de l’équipe« . Selon le Wall Street Journal, Robert Burns, un cadre de la marque Trek, qui fournissait l’équipe américaine, aurait confié aux fédéraux chargés de l’enquête avoir eu connaissance de ventes de vélos, mais ne pas savoir dans quel but cela avait été fait. Puis Floyd Landis revient sur une discussion sur le rôle que chacun allait tenir sur le Tour de France 2004. Et raconte que le différent sur le jet privé est remis sur la table par Lance Armstrong. Il dit alors « ne pas s’attendre à rester plus longtemps dans l’équipe. »

Il participe tout de même à la Grande Boucle, et revient sur l’épisode du jour de repos. Mais aussi sur une autre scène qu’il décrit comme encore plus « étrange » : après une étape, arrêt du bus sur une petite route montagneuse isolée et séance collective de transfusion sanguine. Lance Armstrong remportera cette année-là son sixième Tour de France. Et Floyd Landis signe avec la Phonak, qui lui fait un pont d’or. Il explique que l’équipe suisse n’a pas de « programme de dopage« . Et qu’organiser cela individuellement est « coûteux et fait perdre du temps. » Floyd Landis confie alors embaucher un médecin espagnol et payer une personne 10 000 € pour lui administrer deux poches de sang pendant le Tour de France 2005. Il le termine en neuvième position.

Il réclame un programme de dopage à Andy Rihs

En 2006, Lance Armstrong a pris sa retraite et les prétendants à la victoire sur la Grande Boucle se bousculent. Floyd Landis en fait partie et veut remporter l’épreuve. Mais il va demander à Andy Rihs, le propriétaire de l’équipe Phonak, de l’y aider. Il lui explique que pour s’imposer, il doit pouvoir « bénéficier du même type de dopage sanguin que chez US Postal. » Et prétend qu’Andy Rihs accepte alors de le financer. Ce que l’intéressé a déjà fermement démenti.

Sur le Tour de France 2006, Floyd Landis joue la gagne. Il endosse le maillot jaune mais va ensuite le perdre au profit d’Oscar Pereiro, présent au sein d’une échappée fleuve. Puis il prend un éclat sur l’étape de montagne de la Toussuire et perd plus de dix minutes. Mais le lendemain, l’Américain s’échappe et refait une partie de son retard. A Morzine, il n’a plus que 30 secondes de retard sur Oscar Pereiro. Qu’il reprend sur le contre-la-montre. Il sera par la suite contrôlé positif à la testostérone. Floyd Landis le martèle : il « a pris de la testostérone pendant son entraînement pour le Tour« , mais n’a pas fait cela « pendant la course.« 

Quatre ans pour vider son sac

Le coureur américain doit tenir une conférence de presse après son contrôle positif. Après celle-ci, il confie recevoir un appel de Lance Armstrong, qui lui aurait donné ce conseil : « Si quelqu’un te demande si tu as pris des produits dopants, tu dois répondre : absolument pas. Et arrêter de parler. » Il dit également que l’ancien coureur de l’US Postal Jonathan Vaughters, aujourd’hui manager de la formation Garmin, l’invite à reconnaître sa culpabilité. Mais il s’en suivra plutôt des années de procès puis cette décision de Floyd Landis : tout raconter. D’abord de manière édulcorée au mois de mai dernier. Maintenant plus en détails.

Libre à chacun de juger de la crédibilité du récit de Floyd Landis. Une chose est sûre : si cet entretien avec le Wall Street Journal sort ce samedi 3 juillet 2010, ce n’est pas du tout un hasard. L’objectif de l’ancien coureur américain est clairement de jeter le discrédit sur Lance Armstrong à quelques heures du départ de la Grande Boucle. Le Texan s’élancera sur le tracé de Rotterdam à 19h30, mais son effort le plus fatiguant de la journée sera certainement de répondre aux questions des journalistes sur les nouvelles allégations de son ancien coéquipier. Floyd Landis a semé le trouble sur le Tour de Californie en mai ; va-t-il parvenir à faire de même sur le Tour de France ? Réponse ce samedi.

Lire l’article du Wall Street Journal

Lire la réaction de Lance Armstrong

Photo : @scott burnham – flickr



  1. Moi un ex-vainqueur déchu et ruiné qui vide son sac 4 ans après…
    C’est pas la première fois qu’il essaie…


  2. Samedi 3 juillet 2010 à 11:42 - snowman-glenn | Thumb up 0 Thumb down 0

  3. Correction: Mwouais un … (pas moi!!!!! lol)


  4. Samedi 3 juillet 2010 à 11:43 - snowman-glenn | Thumb up 0 Thumb down 0

  5. Vrai ou faux, cela reste retentissant à quelques heures du départ du Tour !


  6. Samedi 3 juillet 2010 à 11:46 - Alexandre Philippon | Thumb up 0 Thumb down 0







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