Faire comme Herrera

Par Alexandre Philippon
Dimanche 16 mai 2010 - 7:00
Sur les Tours d’Italie 2008 et 2009, aucun représentant d’Amérique latine n’a remporté d’étape. Presqu’une anomalie pour ces coureurs qui ont toujours su se distinguer sur l’épreuve transalpine, et ce depuis plus de 20 ans. Dimanche, l’arrivée à Terminillo serait idéale pour remédier à cela : c’est ici que Luis Herrera y accomplissait le dernier fait d’arme de sa carrière, en 1992. De quoi inspirer les Colombiens et autres Vénézuéliens.
Il y a 18 ans, Herrera gagnait au Terminillo
2 juin 1992. Leader depuis sept jours et une étape d’Arezzo où il dépossédait Thierry Marie, vainqueur du prologue, de son maillot rose, Miguel Indurain domine le Giro. En Toscane, à Sansepolcro, l’Espagnol a écrasé un contre-la-montre qui lui aura offert une avance déjà décisive en vue d’un succès final. Vainqueur du Tour de France l’été précédent, le coureur de la Banesto se dirige alors vers un premier sacre sur l’épreuve italienne. Ce jour-là, il va se montrer souverain sur la montée de Terminillo, mais restera sur la défensive, et cinq hommes vont l’accompagner au sommet.
C’est le Colombien Luis Herrera qui passera la ligne avec une avance minime, s’adjugeant son dernier grand succès, lors de sa dernière année professionnelle. Depuis, cette ascension des Apennins a vu deux étapes s’y conclure, en 1997, avec le succès de Pavel Tonkov, et en 2003, avec celui de Stefano Garzelli. 18 ans après la victoire d’Herrera, le Giro y revient et il serait amusant qu’après deux ans sans victoire d’un coureur d’Amérique du Sud sur la course rose, cette mauvaise série prenne fin à cet endroit.
Depuis, que de victoires sur le Giro
Entre 1992 et 2007, les succès de Latinos n’ont pas été rares sur le Tour d’Italie. Il aura néanmoins fallu attendre 1995 pour voir un coureur succéder au lauréat de la Vuelta 1987. Oliviero Rincon s’impose ainsi à Senales, sur l’étape la plus longue des trois semaines de course. Puis c’est au tour de José Jaime Pico Gonzalez de se distinguer : il gagne à deux reprises, d’abord au Passo del Tonale, pour l’antépénultième étape de l’édition 1997, puis en 1999, au Monte Sirino. C’est alors que les succès de coureurs d’Amérique du Sud ou d’Amérique centrale vont devenir quasiment inévitables. En 2000, c’est sur un terrain inattendu que Victor Hugo Pena se montre, en remportant le chrono de Bibione. 2001, au Passo Pordoi, le Mexicain Julio Alberto Perez Cuapio l’emporte, avant de voir le Colombien Carlos Contreras l’imiter le lendemain, à Arco, pour boucler un week-end faste pour l’Outre-Atlantique.
Un Perez Cuapio qui va remettre le couvert en 2002, étant le lauréat des étapes de San Giacomo di Valle Castellana et de Corvara in Badia. 2003 et 2004 sont des éditions vierges pour les grimpeurs de ce continent, avant que la réussite revienne en 2005, et pas qu’un peu : Ivan Parra réussit l’exploit de gagner coup sur coup à Ortisei et Livigno, dans les Dolomites, au prix de deux longues échappées en moins de 48 heures. Et l’avant-dernier jour de course, José Rujano s’impose à Sestriere, s’offrant une place sur le podium final de l’épreuve, non sans frôler l’exploit en titillant le maillot rose. En 2006 et 2007, c’est Luis Felipe Laverde qui va perpétuer la tradition en s’adjugeant deux étapes. Le désormais coureur de la formation Café de Colombia, qui court actuellement le Rhône-Alpes Isère Tour, est le dernier vainqueur latino en date sur le Giro.1
Une belle occasion de renouer avec les habitudes
Au matin de cette 8e étape du Tour d’Italie 2010 seront au départ cinq Colombiens (Mauricio Ardila, Leonardo Duque, Cayetano Sarmiento, José Serpa et Rigoberto Uran), deux Vénézuéliens (Jackson Rodriguez et Carlos Ochoa), un Argentin (Lucas Sebastian Haedo) et un Brésilien (Murilo Fischer). La majeure partie d’entre eux sont des grimpeurs, et tous sont particulièrement attardés au classement général. Avant de s’engager sur le premier parcours de montagne de l’épreuve, ils seront certainement particulièrement motivés. Pas dit qu’ils sachent alors qu’ils pourraient s’imposer là où Luis Herrera y était parvenu 18 ans plus tôt, mais les cols inspirent ces coureurs et ils seront forcément enclins à se glisser dans une échappée. Trois d’entre eux – Serpa, Rodriguez et Ochoa – font partie de l’équipe Androni Giocatolli. Ils vont devoir assister l’Italien Michele Scarponi, leader désigné de Gianni Savio.
Mais il se pourrait bien que l’un d’eux soit autorisé à aller de l’avant. Celui qui a le plus de chances de rallier l’arrivée en vainqueur, c’est sans doute José Serpa. Il connait bien le Giro, pour en être déjà à sa 4e participation, et a même terminé 13e de l’édition 2009. Cette année, il est l’un des grimpeurs les plus efficaces sur le sol italien, s’étant imposé sur la Semaine Cycliste Lombarde comme sur la Semaine Internationale Coppi et Bartali. Autre candidat sérieux, Rigoberto Uran : son équipe Caisse d’Epargne a perdu son leader, Marzio Bruseghin, et souhaite maintenant tout axer sur le gain d’étapes. Bien qu’âgé de seulement 23 ans, le Colombien a déjà d’impressionnantes références : victoire d’étape – en montagne, bien sûr – sur le Tour de Suisse 2007, troisième place sur le Tour de Lombardie 2008, cinquième place sur le Tour de Romandie 2009. En attaquant sur l’étape de vendredi, Cayetano Sarmiento aura certainement donné des idées à ses compatriotes. Encore faudra t-il ne pas sortir pour faire de la figuration.
1 C’est en fait Maximiliano Richeze qui est le dernier coureur du continent à avoir gagné sur le Giro, suite au déclassement d’Alessandro Petacchi sur les 18e et 21e étapes de l’édition 2007. Mais ces succès ayant été obtenus sur tapis vert, nous avons choisi de ne pas les intégrer à notre récapitulatif.
photo Abarca Sports – Caisse d’Epargne







