A 27 ans, Philippe Gilbert ne se présente plus comme le grand espoir du cyclisme wallon, à qui l’on associait trop systématiquement l’étiquette de coureur taillé par les Ardennaises. Dans son fief de Verviers, le Belge s’affirme désormais comme l’un des nouveaux leaders du cyclisme national, ayant tout le loisir d’entretenir des qualités de puncheur qui ont fait mouche à quatre reprises, lors des derniers coups de pédale d’une saison 2009 qui l’aura révélé comme l’un des plus grands coureurs du peloton. Du côté d’Aurillac, ce mercredi, sur un parcours qui pourrait lui être favorable, Philippe Gilbert pourrait prouver qu’il peut briller sur Paris-Nice, une course qui ne lui a jusque-là que peu souri.
En bon spécialiste des classiques, comme l’atteste ses deux victoires dans Paris-Tours, il sait à l’inverse qu’un coup de force bien ciblé peut être fatal à ses adversaires. A condition que tous les paramètres soient réunis.
Une entame discrète, mais idéale !
Les réels objectifs du Belge se nomment Milan-San Rémo, Liège-Bastogne-Liège ou la Flèche Wallonne. En prévision de ces monuments du cyclisme, qu’il respecte au plus haut point, tant il est attaché à la culture de son sport, l’ancien coureur de la Française des Jeux considère la Course au Soleil comme une occasion de s’affûter. Psychologiquement, il est toujours bon se tester. Les contreforts de la Côte de Sexcles, qui ne se gênera pas de secouer un peloton de Paris-Nice meurtri par les chutes de ces deux premiers jours, pourraient servir au Belge comme aux autres favoris de rampe de lancement.
Mais à 40 km de l’arrivée, un hypothétique coup de force ne devrait pas suffire, au regard de la distance restant à parcourir jusqu’à la ligne d’arrivée placée en plein centre du chef-lieu du Cantal. Alors c’est davantage sur la Côte de la Martinie, dont le sommet est situé à 3 km du but, qu’il pourrait faire parler son punch, nous gratifiant d’une attaque à l’instinct dont il a le secret. Un instinct qui lui avait permis d’obtenir deux succès sur l’une des courses de son cÅ“ur, le Het Nieuwsblad, conquises à la pédale au terme de deux coups de pétards comme il les aime. S’il n’a pu réaliser la passe de trois cette année, il s’est néanmoins permis de mettre le nez à la fenêtre, dans le Taaienberg, avant de céder peu à peu. Un peu plus d’une semaine plus tard, il pourrait décrocher son premier bouquet de la saison.
Lundi encore, il anticipait l’offensive de la Caisse d’Epargne, bien conscient qu’une moindre cassure pouvait forcer la décision. Une position au classement général anecdotique (60eme, à 1’08’’ de Lars Boom), conjuguée à des qualités limitées en moyenne montagne, représentent certainement d’autres atouts à faire valoir en temps voulu : sans contrainte relative à la victoire finale, l’ancien protégé de Marc Madiot pourra jouir d’une certaine liberté d’action, si tant est qu’il soit utile de passer à l’offensive, sur une étape qui annonce les journées décisives du week-end à venir.
Une arrivée marquée par cette côte sélective de la Martinie, puis par un dernier kilomètre usant, au terme d’une étape malgré tout difficile, est dans les cordes du Wallon, qui après jeudi n’aura plus guère d’occasions de se mettre en avant, même si il semble autant concerné par un succès individuel que par la nécéssite d’apporter une aide précieuse à son jeune coéquipier et compatriote, Jurgen Van Den Broeck.
Quelle attitude de la part des leaders ?
Certaines têtes d’affiche au départ de cette édition 2010 ont perdu du temps précieux au cours de ces trois premiers jours de course rendus scabreux par le vent, et propices à de nombreuses chutes. Si Alberto Contador, Roman Kreuziger, Samuel Sanchez ou son homonyme de la Caisse d’Epargne et tenant du titre, Luis Leon Sanchez, devraient attendre Mende, et plus surement samedi pour déclencher les vraies hostilités, d’autres hommes, avides de revanche, ne peuvent plus se permettre de tergiverser s’ils souhaitent sauver l’honneur. Sylvain Chavanel (Quickstep), en retrait sur le Prologue de Montfort-L’amaury et relativement loin au général (39eme à 58’’), Alexandre Kolobnev (Team Katusha) ou Damiano Cunego (Lampre), qui tous visent avant tout un succès d’étape, mettront-ils à contribution une fin d’étape vallonnée ?
La question, qui mérite d’être posée, engendre en tout cas un surplus de concurrence pour Philippe Gilbert ou tout autre coureur voulant s’imposer ici. Que dire, dès lors, de la possibilité de voir les principaux favoris se découvrir, là même où on ne les attendrait pas forcément. La probabilité est relative, mais si une explication avait lieu, elle rendrait plus minces les chances de voir un chasseur d’étape lever les bras en Auvergne, en fin d’après-midi. D’autant plus que certains sprinteurs, qui n’ont encore guère eu l’occasion de réellement s’exprimer jusqu’à ici, n’ont pas tout à fait renoncer à une victoire d’étape.
Quelque chose nous dit qu’un Alberto Contador encore convalescent suite à une chute près de Contres lundi, représente une source de motivation supplémentaire pour les nombreux autres favoris, déterminés à faire souffrir encore davantage le Madrilène, et ce avant les grandes difficultés, là où le double vainqueur du Tour est le plus enclin à s’exprimer, ou au minimum à limiter les dégâts. Finalement, Philippe Gilbert, même en pleine possession de ses moyens, ne peut se targuer de maîtriser tous les éléments pouvant conduire à une victoire à Aurillac.
Nul doute n’est cependant à formuler quant à la motivation de celui qui s’est installé à Monaco, histoire de mettre toutes les chances de son côté afin d’arriver à ses fins sur les classiques à venir, et plus tard encore dans la saison, à l’occasion des Championnats du Monde qu’il a d’ores-et-déjà côchés. Sur la Course au Soleil, le Belge rêve déjà d’arc-en-ciel, et chaque occasion est bonne pour montrer à ses adversaires qu’il a le talent pour y arriver.

Le tracé détaillé par Velochrono

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