Enfin, Armstrong a failli !

Par Alexandre Philippon
Lundi 12 juillet 2010 - 6:01
Sept ans de domination sur le Tour de France de 1999 à 2005. Pas une seule défaillance. Lance Armstrong connaissant un jour sans sur l’épreuve de juillet, beaucoup en avaient rêvé lors des folles années du Texan : ses détracteurs, mais surtout ses adversaires de l’époque, qui n’auront jamais eu la chance de voir leur bourreau craquer en 21 semaines de solidité texane, presque robotique. Il aura fallu que le Boss décide de revenir à la compétition après trois ans de retraite pour que cet instant soit vécu : le 11 juillet 2010, Lance Armstrong a bel et bien perdu pied pour la première fois sur la Grande Boucle.
Lance Armstrong, c’est entre 6 et 8 minutes d’avance sur le deuxième du Tour de France en 1999 (Alex Zulle), 2000 et 2001 (Jan Ullrich), 2002 (Joseba Beloki) et 2004 (Andreas Klöden). Et près de 5 sur Ivan Basso en 2005. L’Américain a toujours été souverain sur la course hexagonale durant l’après-cancer. Il manque juste une année dans notre récapitulatif : 2003. Ce fameux Tour du Centenaire où le leader de l’US Postal avait failli perdre. Cela devait être sa 5e victoire, celle qui allait lui permettre de s’inviter dans la légende de l’épreuve aux côtés de Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain. Il l’a finalement obtenue, mais cette année-là, il s’était passé quelque chose à quoi Lance Armstrong ne nous avait pas habitué.
Une seule alerte en 7 ans
2003, la seule édition où LA avait semblé battable. Flashback. Premier acte, la montée de l’Alpe d’Huez dès la fin de la première semaine : Iban Mayo survole l’étape et Lance Armstrong paraît fébrile. Étonnant quand l’on sait que le Texan aimait écraser l’opposition dès la première arrivée en altitude. Deuxième alerte, son tout droit dans un champ sur la descente du col de La Rochette n’en étant pas vraiment une : le chrono de Cap Découverte. Un coureur survole les débats, mais ce n’est pas Lance Armstrong. Il s’agit de Jan Ullrich qui relègue son rival à une minute trente. Il y a alors comme quelque chose d’anormal : douze mois plus tard, personne n’osait attaquer l’ancien champion du monde, et là, Vino et Ulle ne sont pas les derniers à hésiter. Le lendemain, confirmation : le quadruple vainqueur de l’épreuve montre des signes de faiblesse dans le Port de Pailhères, puis sur le Plateau de Bonascre. Il s’accroche grâce au concours de Roberto Heras mais Jan Ullrich en profite pour revenir à 15 secondes du maillot jaune.
Le lendemain, dans le Col de Peyresourde, c’est Alexandre Vinokourov qui grignote du terrain. Finalement, Lance Armstrong va remettre tout le monde en place à Luz-Ardiden. Jan Ullrich étant jugé meilleur rouleur que lui, il est contraint de ne pas se contenter de défendre sa position en prévision du chrono de Nantes, la veille de l’arrivée de Paris. Répondant bien aux attaques de Jan Ullrich sur le Tourmalet – tandis que Vino est distancé -, il est prêt à renouer avec son niveau des grands jours. Mais cela commence mal puisqu’en début d’escalade finale, il attaque mais est déséquilibré par la musette d’un enfant. Son adversaire allemand la joue fair-play et l’attend. Le Texan, déterminé, reprend place et réédite son accélération. Cette fois-ci, il s’envole irrésistiblement et n’emmène personne dans sa roue. Il remportera son 5e Tour de France, puis un 6e et un 7e.
La retraite d’un ogre
Les faiblesses affichées par Lance Armstrong durant ce Tour de France 2003 n’auront été que des alertes. Les seules de ses 7 années de règne sur l’épreuve. Vainqueur in extremis – 1’01 » de retard pour Jan Ullrich sur les Champs -, mais vainqueur quand même, il aura su rester maître de la course malgré l’adversité pour une fois plus tenace. Il est vrai aussi que l’Américain n’était pas à son niveau des autres années, mais à aucun moment il n’aura connu de défaillance. Au moment où celle-ci se faisait attendre – beaucoup croyaient en une prise de pouvoir de Jan Ullrich à Luz-Ardiden -, il aura su sortir la tête de l’eau. C’était ça Lance Armstrong entre 1999 et 2005 : un coureur qui s’en sortait toujours. Zéro instant de perdition en 147 jours de course.
Quand après l’édition 2005, le coureur de Discovery Channel prend sa retraite, il quitte le monde du cyclisme en ogre qui aura tout raflé sur son passage au mois de juillet de chaque année pendant 7 ans. Son départ est attendu comme un soulagement. LA tente de faire passer un message à ses ennemis lors de la cérémonie protocolaire. Il se cherche une sortie marquante, mais celle-ci va faire le bonheur des habituels seconds couteaux, qui veulent se positionner en vainqueurs potentiels du premier TDF de l’après-Armstrong. Jan Ullrich entend remettre le main sur l’épreuve où il semblait promis à un avenir doré avant que l’Américain ne s’affirme comme son tombeur préféré. La place laissée vacante par le Boss entretient tous les fantasmes : même George Hincapie sera identifié par certains comme un maillot jaune en puissance.
Il revient pour gagner le Tour
Lors de l’été 2008, Lance Armstrong décide de revenir à la compétition pour remporter un 8e Tour de France. Trois années ont passé mais sa réputation d’insatiable le précède toujours : il est toujours considéré comme le meilleur coureur du monde et une nouvelle domination sans partage – d’une ou deux années – est crainte. Mais il va atterrir dans la même équipe que son principal challenger, Alberto Contador, vainqueur des 3 Grands Tours à l’âge de 25 ans. L’Espagnol le battra sur les routes de juillet mais le Texan termine tout de même troisième de cette édition 2009, performance exceptionnelle pour un coureur ayant cessé toute activité de sportif de haut-niveau pendant si longtemps, et de surcroit loin d’avoir 20 ans.
En 2010, il se dit en meilleure condition, pas forcément capable de battre le Pistolero, qu’il juge plus fort que lui à de nombreux égards. On connait l’histoire : les deux coureurs sont mis dos-à-dos comme pour faire monter la pression en vue du Tour. Le duel est annoncé mais il n’a que peu de chances d’être à la hauteur des espérances. Alberto Contador, leader de la jeune garde, évolue un ton au dessus de son aîné et ceux qui ont pratiqué l’Armstrong de ses grandes années savent qu’il n’est plus le même. Moins détesté, passant même pour un mec cool aux yeux de gens qui le conspuaient 5 années plus tôt, LA a changé. Il se prépare mentalement à perdre, mais pour ce qui est de l’objectif podium, il semble plus que jamais dans la course.
Le clou est planté
Son prologue de Rotterdam va faire illusion : au départ, il est affuté comme rarement, et prend une 4e place prometteuse. C’est mieux que son entame monégasque de l’édition précédente. Lance Armstrong paraît alors capable de faire mieux que sa 3e place de 2009. Quand à Arenberg, il crève et se retrouve esseulé sur les pavés du Nord, perdant au final plus de deux minutes sur Andy Schleck et Cadel Evans, le Texan emploie cette métaphore étonnante: « Certains jours vous êtes le marteau, certains jours vous êtes le clou. Aujourd’hui j’étais le clou. Ok, j’ai maintenant largement le temps d’être le marteau. » Cinq jours plus tard, Armstrong-le-clou est planté sur les lacets du Col de la Ramaz.
Et là, moment quasi historique : la voilà, la fameuse défaillance que l’Américain avait fuit avec brio pendant 7 ans. Enfin, dirons certains ; lassés de constater que Lance Armstrong avait ce côté infaillible qui le déshumanisait vraiment. Il était revenu à la compétition pour s’offrir un 8e Tour de France, et finalement, il va offrir un visage tout autre. Celui d’un coureur âgé et impuissant. Deux chutes, une perte de temps considérable, le septuple vainqueur du Tour rallie ce dimanche Morzine-Avoriaz désabusé. Avant même l’ascension finale, le Boss lâche mentalement et ne fait même plus rouler ses boys. Dans la descente de la Ramaz, il discute avec eux ! Lance Armstrong ne gagnera plus le Tour de France. Il n’est plus le patron.
photo : radio shack







