Eneco Tour : potentiel inexploité

Par Alexandre Philippon
Lundi 16 août 2010 - 13:58
L’Eneco Tour manque parfois – souvent ? – d’intérêt. Le plateau est faible et de ce fait, le palmarès manque de noms ronflants. En même temps, placée entre le Tour de Pologne et le Tour d’Espagne, l’épreuve ne doit son attrait relatif qu’à son statut Pro Tour. Les organisateurs essayent tant bien que mal de donner une identité à leur rendez-vous, mais le mieux ne serait-il pas de positionner ce Tour du Benelux en plein dans la période des classiques, par exemple à la place du Tour de Catalogne, fin mars ? Et bien c’est en quelque sorte chose faite cette année car à moins d’un retour en grâce du soleil dans la moitié quart nord-est de l’Europe, l’Eneco Tour 2010 va se disputer dans des conditions météos exécrables pour un mois d’août.
La course cadenassée par excellence
Si la pluie tenace va pimenter ces sept journées de course, c’est surtout le vent qui devrait constituer un élément clé pour les coureurs. Le peloton aura du mal à toujours faire bloc et cela pourrait permettre au parcours de s’exprimer pleinement. Car dans le Benelux, le potentiel ne manque pas pour offrir des opportunités aux attaquants. Mini-Tour des Flandres, mini-Liège-Bastogne-Liège, mini-Amstel Gold Race : il y en a des possibilités ! Mais sur des distances raccourcies et avec des équipes obnubilées par les sprints massifs, il est compliqué de gagner en costaud sur cette épreuve. Historiquement, c’est à dire avant même l’obtention du sésame Pro Tour, le Tour des Pays-Bas – c’était alors son nom – était une échéance que les gros rouleurs cochaient. Erik Dekker est ainsi monté six fois sur le podium et un rouleau compresseur comme Serhiy Honchar participait quasiment chaque année.
Pourquoi ? Parce qu’il y avait toujours ce contre-la-montre qui permettait aux spécialistes de forcer la décision au classement général. Seuls les concours de circonstances les privaient d’un succès final. Cette configuration de course a été maintenue quand l’épreuve est devenue l’Eneco Tour, et si lors des premières éditions, quelques étapes venaient à être décousues, le « on sprinte et on attend le chrono » a toujours été le credo des formations présentes. Le supprimer ou le raccourcir développerait l’importance des étapes vallonnées, mais non, désormais, il y a carrément une journée de plus d’effort solitaire. Prologue + contre-la-montre ! Cela nous fait, cette année, 22.1 kilomètres à tourner les jambes que l’on a économisé sur les tracés en ligne. Il n’y a aucune raison qu’en 2010, le scénario de course évolue, car les équipes auraient tout simplement tord de se montrer offensives.
Zoom sur un parcours décevant
Trois étapes proposeront un profil archi-plat sur lesquels s’échapper serait bien téméraire. Certes, ces journées peuvent être rendues intéressantes par la possibilité de bordures, mais cela reste hypothétique. Les rendez-vous croustillants, c’est vendredi, dimanche et lundi qu’il faut les attendre. Vendredi, les adeptes du Tour des Flandres vont apprécier le menu, qui comporte l’ascension de 16 berg, dont 5 dans les 40 derniers kilomètres. Avec le Kruisberg et le Vieux Quaremont pour conclure, il est possible de tout faire péter. Mais la distance n’excède pas 191 kilomètres et il sera donc difficile de vraiment déstabiliser un peloton amené à ne pas trop se réduire malgré les embuches.
Dimanche, légères difficultés sur la route de Sittard. Là encore, c’est surtout le vent qui pourrait bousculer les choses, car si le parcours est certes assez casse-pattes, il manque tout de même d’un petit quelque chose. Pour preuve, le Cauberg, théâtre de l’arrivée de l’Amstel Gold Race, sera emprunté mais à 60 bornes du but. Les quelques côtes du final ne dépassent pas les 4% de pente moyenne et sur ce tracé au demeurant exploitable, il y aura certainement un sprint. Et cela devrait être de même le lendemain en direction de Heers. Là encore, l’obstacle principal est positionné loin de l’arrivée, avec un Mur de Huy qui reste d’être escamoté. Le Mur d’Amay, plus proche de la ligne, est plus facile. Bref, ces deux dernière étapes en ligne risquent de ne rien donner, chaque favori pour le succès final se réservant pour le chrono du mardi.
Les rouleurs sont les favoris incontestés
Bien sûr, organiser une course n’est pas facile. Et construire un parcours ne se fait pas sans contraintes. Mais proposer des arrivées directement au sommet d’endroits comme le Cauberg ou le Mur de Huy renforcerait l’attractivité de l’épreuve. Est-ce que ce sont les souhaits des équipes que de disposer d’un programme de faible intensité à cette période de l’année ? Peut-être, mais il faut rappeler que l’Eneco Tour aura forcément les meilleurs formations dans son peloton car il fait partie du calendrier mondial UCI. Les meilleurs coureurs ? Ils sont rarement là – c’est aussi dû à la longueur de l’épreuve – et ce sera encore le cas cette année. Il n’y a qu’à voir le plateau exceptionnel du Tour du Limousin !
Parmi les favoris, nous trouverons ainsi le tenant du titre et tout récent 2e de la Vattenfall Cyclassics, Edvald Boasson Hagen. Jeune vainqueur l’an dernier, il illustre d’un bon très bons côtés de l’Eneco Tour : il permet à des jeunes de prendre leur envol. Ainsi, Lars Boom, Richie Porte, Artem Ovechkin, Daniel Oss, Adriano Malori, Jack Bobridge ou encore Cameron Meyer sont des podiumables alors qu’ils sont âgés de moins de 25 ans. Mais les armadas les plus dangereuses seront surtout HTC-Columbia, qui a André Greipel pour les sprints et des leaders à la pelle – Tony Martin, Bert Grabsch, Frantisek Rabon – et Radio Shack, forte de la présence d’Andreas Kloden et Sébastien Rosseler. La Caisse d’Epargne aura aussi des ambitions car elle dispose d’un ancien double vainqueur de cette course, José Ivan Gutierrez.
Depuis que l’épreuve est Pro Tour, le Benelux ne gagne pas
Tout de même un lot de candidats intéressant mais le souci, c’est qu’ils ne se mesureront vraisemblablement pas sur la route mais sur le chrono final. Si jamais l’étape de vendredi, la seule qui peut proposer une réelle bagarre, tient ses promesses, la sélection pourra être faite et parmi les derniers postulants, il ne pourrait rester que les vrais adeptes des classiques. Mais finalement, l’intérêt premier de cet Eneco Tour, c’est surtout le succès populaire. Jurgen Van den Broeck, premier belge sur le dernier Tour de France, est prévu au départ et sera l’attraction. Et le double champion de Belgique – course en ligne depuis juin et contre-la-montre depuis dimanche – est présent. Un Stijn Devolder qui renonce à la Vuelta pour se concentrer sur cette épreuve, dans le but de montrer sa tunique à son public. Le coureur de la Quick Step est le probable vainqueur de cette course car depuis la fin mai, il évolue à son meilleur niveau.
Un représentant du Benelux vainqueur du Tour du Benelux, ce serait une première depuis le passage Pro Tour en 2005. Cela permettrait à la fête d’être totale et de plus, cela inciterait peut-être les organisateurs à proposer à l’avenir un programme taillé pour les coureurs locaux, avec, pour de vrai, des mini-Tour des Flandres, mini-Liège-Bastogne-Liège et mini-Amstel Gold Race. Il manquerait plus qu’il changent la date, et on sera content !
photo : jered gruber









Bonne chande tout de même à Andreas Klöden !!! Lui, qui a « loupé » son TdF voudra certainement se rattrapper avec Ce TOUR DU BENELUX!!