Docteur Cav et Mister Mark



Il s’effondre, en larmes, au micro de Gérard Holtz. Avoue avoir vécu l’enfer cette année, miné par les critiques, l’absence de résultats et la roue qui tourne du mauvais côté. Avant de reconnaître qu’il a donné du grain à moudre à ses détracteurs, et que son comportement n’a pas toujours été exemplaire. Une réaction, une émotivité d’enfant suivie de paroles sages, sensées, d’un homme qui mûrit. Mark Cavendish est un coureur fait de paradoxes et de contrastes. Têtu par nature, teigneux par choix, ses contradictions le rendent attachant. Et tracent sa carrière, déjà hors norme, à 25 ans seulement.

Indigestion

C’est l’histoire d’un golden boy que rien ne pouvait atteindre et qu’une plume a fait vaciller. Etonnant en 2008, avec ses deux succès sur le Giro puis ses quatre victoires sur le Tour, Cavendish était devenu imbattable l’an passé, en remportant Milan-Sanremo, trois étapes du Giro et pas moins de six bouquets sur le Tour de France. Deux années record, deux années grisantes, deux années qui propulsent ce gamin de 23-24 ans dans la peau du nouveau Petacchi, du nouveau roi du sprint, de l’homme qui doit gagner, partout, tout le temps.

Il faut se remettre de ce genre de changements. L’homme de l’île de Man, qui aurait plus jeune pu « mal tourner », il l’avoue lui-même, a-t-il été pris d’indigestion ? Lui seul le sait. En 2010, en tout cas, tout va de travers. Pas de victoires, ou alors sur le fil du rasoir ; pas de forme, ou alors précaire ; pas de Milan-Sanremo et encore moins de Giro : on a perdu le Manx Express. Et puis les carambolages, sur le Tour de Romandie puis celui de Suisse, et même sur le Tour tout court, il y quelques jours à peine. Et jeudi, la victoire, la lumière, la délivrance. Les larmes.

Il s’enfonce en gagnant

Drôle de destin que celui du Cav. Un sprinter au caractère énorme : cette victoire de Montargis, qui signifie tellement, il l’obtient au lendemain de sa défaite la plus cuisante sur un sprint depuis… toujours. Au moment où il semblait le plus mal en point, le plus touché dans son amour-propre. Battu à la régulière par Petacchi et consorts à Reims, le Britannique semblait totalement hors de forme, lancé de trop loin, perdu dans son train jaune devenu soudainement hoquetant en l’absence de George Hincapie. Le lendemain… on connaît la suite.

Un revirement, un contraste de plus pour Mark Cavendish. Régulièrement accusé d’être teigneux et même dangereux dans les sprints, le Britannique assume et revendique. Il gagne, alors comment lui donner tort ? Cette année, la chanson change, puisqu’il ne s’impose plus. Mais lui s’entête. Plus il perd, plus il est teigneux, allant jusqu’à mettre à terre ses adversaires – si Haussler et Boonen ne sont pas sur ce Tour, c’est en partie à cause de lui. Et quand il gagne, il s’enfonce : trop content de faire la nique à ses détracteurs, il leur adresse un beau doigt d’honneur. Golden boy, plus vraiment, mais bad boy, un peu trop.

La démonstration d’un caractère en béton

Arrivé sur le Tour miné par les incertitudes, Cavendish ne change pas d’un iota son discours. Alors qu’on se demande surtout s’il va pouvoir gagner une étape ou pas, lui ne jure que par le maillot vert, qu’il n’a même pas réussi à ramener l’année passée malgré six victoires. A Bruxelles, sans doute victime d’un ennui mécanique, il fait un tout droit dans un virage et embarque avec lui Oscar Freire. Le signe que Cavendish adresse à la caméra une fois remonté sur son vélo en dit long : « Qu’est-ce que j’en ai à foutre ? » L’incident lui vaut un peu plus de sucre cassé sur le dos, si besoin était.

Et puis mercredi, à Reims, la défaite. Mais la défaillance est surtout tactique. L’équipe HTC-Columbia a la lucidité de s’en rendre compte, plutôt que de changer son fusil d’épaule en confiant au très bon Renshaw, deuxième à Bruxelles, les clefs du sprint. Une petite mise au point tactique, une discussion avec Erik Zabel, et hop, je prends la roue des Garmin, je lance mon sprint avec le pote Renshaw quand personne ne s’y attend plus et je ne laisse personne me remonter. Comme au bon vieux temps.

Tout n’est cependant pas réglé. La réaction du Manx Express, une fois la ligne franchie, est assez éloquente : le soulagement est énorme, la décharge émotionnelle insoupçonnée. Des conditions pas évidentes pour remettre le couvert dès le lendemain. Cavendish ne gagnera pas six étapes sur ce Tour, mais probablement encore une ou deux. Ce qu’il aura surtout gagné, c’est une grande force mentale. Montargis 2010 est un tournant, dont le Britannique n’a pas encore conscience. Cette victoire lui servira toute sa carrière. Qui commence à peine.

Par Baptiste Bouthier - Vendredi 9 juillet 2010 - 7:00



  1. je suis francais ,vivant au royaume uni, j aime le velo et plus particulierement les sprinters .un seul homme aurait pu battre cavendish; Freddy martens le reste n arrivent pas a sa cheville


  2. Vendredi 3 septembre 2010 à 11:37 - buisine olivier | Thumb up 0 Thumb down 0







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