Deux abonnés à Tirreno-Adriatico

Tirreno-Adriatico, dernière étape, deux coureurs terminent dans la même seconde au classement général. Outre leur temps total sur les 7 journées de course, Stefano Garzelli et Michele Scarponi partagent également d’autres points communs : ils sont les leaders de formations continentales – le premier court chez Acqua & Sapone, le second chez Androni Giocatolli -, ils sont Italiens, et ils étaient sur le podium de la dernière édition. Et cette fois-ci, c’est le moins chevelu des deux qui monte sur la plus haute marche.

2009, Scarponi bat Garzelli

15 mars 2009, contre-la-montre du 43e Tirreno-Adriatico. Michele Scarponi termine 4e, Stefano Garzelli 7e. Bonnes perfs pour de piètres rouleurs, en comparaison avec Andreas Kloden, vainqueur du jour. Propulsés troisième et quatrième du classement général, ils savent alors qu’ils vont devoir attaquer pour avoir raison de l’Allemand et de son plus proche poursuivant, le Suédois Thomas Lovkvist. Problème, la redoutable ascension de Montelupone est passée. Il ne reste qu’une étape sélective pour faire exploser la course, celle de Camerino. Accompagnés d’Ivan Basso, les deux compères s’y font la belle et ne seront jamais repris. Et grâce à son chrono, Michele Scarponi endosse le maillot bleu. 25 secondes le séparent de Stefano Garzelli au matin de la dernière étape, vouée à un sprint : c’est gagné !

2010, Scarponi croit battre Garzelli

Pas de contre-la-montre ni de Montelupone cette année, Tirreno-Adriatico semblait destiné à une lutte acharnée et serrée entre puncheurs, avec des écarts minimes, et des bonifications importantes. Cela a été le cas. Vainqueur de la quatrième étape, dans les rues étroites et pentues de Chieti, Michele Scarponi se pare d’azur. Il compte alors 24 secondes d’avance sur son plus sérieux rival, Stefano Garzelli. Un air de déjà vu, sauf que cette fois, il reste trois journées, et les deux qui suivent s’annoncent difficiles. Mais la météo s’en mêle et RCS Sport doit modifier le tracé de la 5e étape. Moins compliqué que ce qui était initialement prévu, il profite néanmoins à trois hommes. Tandis qu’Enrico Gasparotto sprinte pour s’imposer à Colmunaro, avec dans son sillage, un trio composé d’Iglinskiy, Evans et … Garzelli, qui reprend 14 secondes au général. Le lendemain, l’ancien vainqueur du Giro se fait à nouveau la malle sur le final, et empochant les bonifications, il revient à deux secondes de Scarponi, qui peut alors penser avoir fait le plus dur.

Acqua & Sapone a raison d’Androni Giocatolli

Dernier jour, du plat, un sprint massif attendu. Pas de surprises, c’est ainsi que se termine l’étape et l’épreuve, avec la victoire d’Edvald Boasson Hagen, sauf que sur les précédents tours de circuit à San Benedetto del Trento, Stefano Garzelli se mêle aux sprints intermédiaires. Michele Scarponi n’a pas la vitesse requise pour aller le concurrencer, alors il envoie ses équipiers faire l’effort pour contrecarrer les plans de son aîné. Francesco Ginanni, Jackson Rodriguez, tous font le maximum mais bien aidé par Luca Paolini, Stefano Garzelli obtient deux fois une seconde de bonus. 1 + 1 = 2, le retard est rattrapé, et le dauphin devient leader, sur le fil. Sur la moyenne-montagne, le coureur d’Acqua & Sapone aura manqué d’un petit quelque chose, mais bien aidé par son équipe, il a pu jouer de malice pour s’adjuger l’épreuve sur le plat. La formation de Palmiro Masciarelli s’est ainsi montrée plus forte que celle de Gianni Savio sur l’ultime journée, au terme d’un duel passionnant. Et atypique. Deux continentales pro qui se dominent les débats sur une épreuve de premier comme Tirreno-Adriatico, et ce, deux années de suite, c’est suffisamment rare pour être souligné.

Souvent les mêmes devant, et beaucoup d’Italiens

La présence de Stefano Garzelli et de Michele Scarponi aux deux premières places illustre un très bon comportement des Italiens sur la Course des Deux Mers. Aux abonnés absents sur le Tour Down Under et Paris-Nice, ils ont en revanche brillé sur leurs terres, et vont faire un sérieux bon en avant au classement UCI par nation. Avec les performances de Domenico Pozzovivo (7e), Vincenzo Nibali (8e), Manuele Mori (9e) et Francesco Gavazzi (10e), ce sont 6 Transalpins que nous retrouvons dans le top 10. Ajoutons à cela les victoires d’étape d’Enrico Gasparotto, de Daniele Bennati et celle de Michele Scarponi, et le bilan est plus que positif pour les coureurs de la Botte, qui petit à petit retrouvent la main sur une épreuve qui les avaient boudés en 2007. Cette année là, aucun italien sur le podium, pour la première fois depuis 2000. Depuis, cela va mieux, avec des coureurs du pays qui ont su se montrer réguliers pour jouer la gagne. Et aux côtés de tout ce petit monde, souvent les mêmes visages, de Cadel Evans, qui complète le podium, à Michael Rogers, en passant par Maxim Iglinskiy et Robert Gesink.

Un écart historique

C’est évidemment la première fois de l’histoire de Tirreno-Adriatico que les deux premiers partagent le même chrono, ce qui est assez incroyable après 1229 kilomètres de course. Un dénouement qui rappelle, sur le plan numérique, celui du Tour de Suisse 2004. 137 centièmes avaient alors séparé Jan Ullrich de Fabian Jeker, cueilli au poteau à l’occasion du contre-la-montre final. Mais à cette occasion, pas d’histoire de bonifications, pas de contestation possible. Il n’y en aura pas non plus à l’issue de ce Tirreno-Adriatico, Michele Scarponi se montrant beau joueur. « Ca a été une semaine hyper disputée, et aujourd’hui, Stefano Garzelli et son équipe ont été très forts, ils ont su profiter des deux occasions qu’ils avaient pour gagner les secondes dont ils avaient besoin. Après tout, Garzelli est plus rapide que moi », déclarait-il à La Gazzetta dello Sport. Pour l’ancien vainqueur du Tour d’Italie, ce succès est surtout la récompense de plusieurs mois à encaisser la déception, le coureur chauve ayant accumulé les deuxièmes places, 16 en deux ans. A 37 ans, et 10 mois après avoir ramené à Rome le maillot vert de meilleur grimpeur du Tour d’Italie, il ajoute une nouvelle ligne à son palmarès. Certainement la plus inattendue.

1.  Stefano Garzelli (Acqua & Sapone)
2.  Michele Scarponi (Androni Giocattoli) m.t.
3.  Cadel Evans (BMC) +0′12”
4.  Maxim Iglinskiy (Astana) +0′22”
5.  Robert Gesink (Rabobank) +0′27”
6.  Michael Rogers (HTC-Columbia) +0′29”
7.  Domenico Pozzovivo (Colnago-CSF) +0′33”
8.  Vincenzo Nibali (Liquigas) +0′42”
9.  Manuele Mori (Lampre) +1′04″
10.  Francesco Gavazzi (Lampre) +1′07″

crédit photo : teamsky


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