Contador peut-il encore perdre Paris-Nice ?

Samedi 14 mars 2009, 15 h 40. Événement sur Paris-Nice : Alberto Contador, vainqueur la veille à la Montagne de la Lure sans discussion possible, solide maillot jaune, n’est pas bien depuis une petite heure. L’étape entre Manosque et Fayence est très animée, et Luis Leon Sanchez le met sérieusement à mal. Et là, d’un coup, l’imbattable Espagnol s’écroule. Alors qu’il ne reste même pas 5 kilomètres dans la montée finale vers Fayence, Contador ne parvient pas non plus à suivre Chavanel. Il va perdre énormément de temps en très peu de kilomètres, puisque si Mimosa termine 4e de l’étape, Contador prend lui la 33e place, 2 minutes derrière le Français. Course perdue. Contador, le champion, le meilleur grimpeur du peloton, le vainqueur 2007 de la Course au soleil, est à terre. Est-ce possible de revivre cette situation sur l’édition 2010 ?

Un scénario pas si fou

Evidemment, une telle défaillance n’est pas franchement une habitude chez Alberto Contador. Depuis qu’il s’est habillé du costume de meilleur grimpeur du monde, sur le Tour 2007, on le connaît dominateur et impitoyable en montagne. Pas facile de le prendre à défaut. Alors l’épisode de l’an dernier est-il l’exception qui confirme la règle ? Pas si sûr. Paris-Nice a deux particularités importantes dans ce cas précis : c’est une course de début de saison, et qui ne propose pas de haute montagne, mais seulement de la moyenne. Concernant la date de la course, le niveau de forme des coureurs est, en mars, très variable. Un cador comme Contador, qui n’a que le Tour de France en tête, n’est pas à 100 % si tôt dans l’année. Même si gagner Paris-Nice est un objectif, il n’a pas bossé comme un taré pour ça cet hiver, mais bien pour la Grande Boucle. D’autres, à l’inverse, ont de réels objectifs à plus court terme : Paris-Nice, tout simplement, mais aussi les classiques du printemps, qui ne sont que dans un mois.

L’autre élément est également important. Contador apprécie la haute montagne, la vraie. Il l’a prouvé sur le Tour, mais aussi sur Paris-Nice. En 2007, il fait un festival dans les cols de l’étape cannoise avant de se faire reprendre peu avant la ligne. Qu’à cela ne tienne, il remet ça dans le col d’Eze le lendemain et remporte le premier très grand succès de sa carrière. L’an passé, il s’impose au sommet de la Montagne de Lure, dont le sommet culmine à 1 600 mètres. Le lendemain, au contraire, il perd tout sur une étape de moyenne montagne, avec tout un tas de côtes (10 en 191 km) qui ne dépassent jamais les 802 m d’altitude… Or cette année, il n’y aura pas de Lure sur Paris-Nice ; seul le col de Vence, l’avant-dernier jour, s’apparente peut-être à de la haute montagne. Si les coureurs retiennent la leçon, il y a donc bien un coup à jouer.

Il est déjà supérieur…

Sauf que… C’est bien beau, au fond, de tirer des plans sur la comète, mais Contador est là pour nous ramener sur terre. Pour sa reprise, l’Espagnol s’est déjà offert le Tour d’Algarve, avec victoire sur l’étape reine, dès son troisième jour de course en 2010, et deuxième place sur le chrono final. Pas vraiment besoin de temps d’adaptation pour le coureur d’Astana : même sans une équipe aussi forte que l’an passé, il mate ses adversaires. Qui ne savent plus par quel côté le prendre…

Le message semble clair : je suis déjà là, et bien là. Et gare aux impertinents sur Paris-Nice : je saurai les remettre à leur place. Contador est un gagneur, ce genre de coureurs qui ne s’aligne pas sur une course sans l’idée de s’y imposer. Si on peut reprocher à l’Espagnol de ne pas beaucoup courir tout au long de l’année, on peut au moins louer cette approche. De nombreux autres coureurs font aussi peu de course et se paient en plus le luxe de ne jouer la gagne que sur une ou deux d’entre elles. Contador ne fait  jamais le voyage pour rien, et ce Paris-Nice 2010 ne devrait pas échapper à la règle. D’autant que le souvenir de l’épisode de l’an dernier est certainement très fort dans la tête du coureur d’Astana, qui veut réparer l’affront.

Des adversaires en confiance

Mais les autres coureurs, eux aussi, ont l’épisode en tête, et savent que l’impensable est possible. Luis Leon Sanchez est sans doute le mieux placé de tous, puisque c’est lui, en personne, qui a fait craqué Contador l’an passé, et qui a remporté Paris-Nice “à sa place“. L’Espagnol revient sur la Course au Soleil avec l’intention de conserver son titre, et sa forme peut le lui permettre : dès janvier, on l’a vu saignant sur le Tour Down Under, remportant l’étape la plus difficile à Willunga, et terminant deuxième du général final, derrière Greipel. Plus récemment, il a remporté le contre-la-montre final du Tour d’Algarve, prenant au final la deuxième place, là encore, de l’épreuve, derrière… Contador. Le match est donc déjà lancé !

Au sein de l’équipe Caisse d’Epargne, Sanchez devra néanmoins partager le leadership avec Alejandro Valverde. 2e de Paris-Nice en 2005, Valverde n’a jamais remporté l’épreuve hexagonale. Or cette saison, il semble avoir beaucoup d’appétit, courant beaucoup et rarement pour rien. Déjà vainqueur du Tour Méd, même s’il n’y a pas remporté d’étape, il a aussi oeuvré à la performance de Sanchez sur le Down Under. Pour un retour de manivelles cette semaine ? Peut-être … Autre coureur en forme, Roman Kreuziger a affirmé venir sur Paris-Nice avec de vraies ambitions. Il n’a couru qu’une seule course depuis le début de saison, le Tour de Sardaigne, mais il y a remporté le classement final et l’étape du Mont Ortobene, dès le deuxième jour. Seul problème pour le Tchèque : il n’a jamais réussi à briller sur Paris-Nice malgré plusieurs participations. Il va falloir briser ce mauvais sort.

Deux autres coureurs font également figure de prétendants à la victoire finale cette semaine, mais pour eux, la condition physique est une vraie interrogation. Damiano Cunego a ainsi chuté sur la Ruta del Sol, après avoir pris la troisième place dès la première étape ; il a dû marquer quelques jours de repos et s’il assure ne pas souffrir, cela a forcément retardé sa préparation, en limitant notamment son nombre de jours de course. Et l’Italien n’a jamais brillé sur Paris-Nice. Au contraire de Frank Schleck, rarement loin de la victoire finale ces dernières années : 9e en 2004, 7e en 2005, 5e en 2006, 8e en 2007 et 2e l’an passé. A force de tourner autour, le Luxembourgeois va bien finir par y arriver ! Sauf que jusqu’ici, Schleck avait l’habitude de courir et d’obtenir quelques autres résultats avant d’arriver au départ en Ile-de-France ; or cette année, il semble lui aussi manquer de compétition à l’approche de Paris-Nice.

Photo : flickr – azzuri_n1


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