Charteau, l’inconnu paré de pois

Par Jeremy Proux
Mardi 27 juillet 2010 - 20:02
Au départ de ce Tour de France 2010, bien malin aurait été celui qui aurait pu prédire l’identité du successeur de Franco Pelizzotti dans le costume de meilleur grimpeur. Non pas que le cru 2010 de la grande boucle n’ait pas fait la part belle aux grimpeurs. Le duel Alberto Contador-Andy Schleck qui fut celui de la dernière semaine et le sacre de l’Espagnol, talonné, chahuté par son plus glorieux prétendant dans les Pyréennes, a nettement inscrit le Tour 2010 comme celui qui consacre un prince de la montagne. Seulement, il est un maillot, celui à pois qui, cette année – et c’est une nouveauté – n’aura suscité qu’un intérêt très relatif de la part du peloton. Anthony Charteau, l’infatigable baroudeur, ne s’est pas privé pour rafler la mise, même si son profil, baroudeur infatigable plutôt que pur grimpeur, laisse place au débat quant à la crédibilité du classement de la montagne.
La France aime les pois !
Certaines mauvaises langues ne pourront se ranger derrière l’argument autrefois partiellement valable selon lequel les coureurs français, non inclus dans le cercle des vainqueurs potentiels de la Grande Boucle, et parfois même des victoires d’étape, trouvent dans le fait de porter une journée ou deux tel ou tel maillot distinctif un motif de satisfaction. Si cette année, aucun n’a su trouver les ressources pour accéder au top 10, l’obtention de six victoires d’étape, auquel vient donc s’ajouter un maillot à pois, justifient amplement les louanges accordées aux coureurs tricolores.
Le leadership du classement de la montagne aura d’ailleurs été le monopole des coureurs hexagonaux. Jérôme Pineau, tout d’abord, profitait de la dynamique insufflée par son ami et coéquipier Sylvain Chavanel, pour s’emparer d’une tunique dont il connaissait déjà les saveurs. Son ancien partenaire chez Bbox, Anthony Charteau, met ensuite à profit le Col de la Madeleine, en direction de Saint Jean de Maurienne, pour prendre place au sommet d’un classement dont se désintéressent plus ou moins ouvertement les grands leaders.
Un classement qui n’intéresse plus ?
Car assurément, le Tour de France 2010 aura fourni une réalité qui pourrait s’avérer inquiétante pour un maillot qui appartient pourtant à l’histoire de la grande boucle : ambitionner un titre de meilleur grimpeur sur les routes du Tour s’avère être incompatible avec les exigences d’un bon classement général à Paris. C’était déjà le cas l’an passé, avec Franco Pellizotti. La tendance s’est confirmée cette année. Et le danger est réel. D’autant plus que le palmarès de ces cinq dernières années, flanqué de Michael Rasmussen et de Bernard Kohl, n’ajoute guère de crédibilité. Lucien Van Impe, six fois lauréat du classement de la montagne sur la plus grande course du monde, propose une solution dont l’objectif serait de doper l’intérêt des leaders pour un classement qui n’a pas toujours consacré des purs grimpeurs. « Peut-être devrait-on remettre des bonifications en temps au sommet des cols pour motiver les ténors, sinon, le maillot à pois va mourir », s’interrogeait le Belge, vendredi dernier, dans la Dernière Heure.
Charteau à sa manière
« Qu’a fait Charteau ? Se glisser dans des échappées du matin et prendre un maximum de points sur les premières ascensions, puis se laisser décramponner et terminer tranquillement l’étape. C’est Jalabert qui a commencé ce petit jeu, mais au moins, il pouvait grimper et gagnait des étapes ». Ces critiques, qui émanent de l’ancien champion belge, se vérifient effectivement. Depuis 1998, tous les meilleurs grimpeurs de la grande boucle ont su forcer l’allure pour triompher sur au moins une étape. Richard Virenque savait cocher l’étape-marathon, celle pourvoyeuse de points. En s’imposant à Morzine et à Figeac en 2003 et 2004, Richard « cœur de Lion » tissait la toile de l’objectif de toute une saison, sinon d’une carrière toute entière. La comparaison entre le septuple maillot à pois et Chartix s’arrête là. Jamais, sans doute, le Nantais n’avait envisagé monter sur le podium sur les Champs, paré de la célèbre tunique.
Dans un contexte collectif sous tension – Bbox est toujours à la recherche d’un sponsor -, il s’est accroché à ce maillot, qui constituait une réelle opportunité médiatique. A sa façon, le capitaine de route des Turquoises a su dompter les cimes, en dépit des critiques. « Il suffit d’un jour sans et c’est la catastrophe », expliquait-il au cours de la deuxième semaine de course. De jour sans, il n’en a pas connu, préférant à chaque fois anticiper la grande bagarre. Dans l’étape de Pau, décisive dans la perspective de ce classement, il a répondu présent en contrant derrière l’échappée du jour et en glanant 28 points. En direction du Tourmalet, dans la dernière étape pyrénéenne, le réveil de Carlos Sastre l’a dispensé d’une lutte supplémentaire. Polémique ou pas, le maillot de meilleur grimpeur reste un symbole. Un symbole dont Anthony Charteau aurait eu bien tort de se priver !
photo : romainpa – flickr






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