Chainel : « Je ne lâcherai jamais le cyclocross »

Par Jeremy Proux
Dimanche 28 mars 2010 - 21:09
En ce début de saison, Steve Chainel s’affirme comme l’une des valeurs montantes du cyclisme tricolore sur les classiques. Excellent quatrième d’A Travers les Flandres mercredi dernier, le Vosgien, qui sort d’une très bonne saison de cyclo-cross, prouve que briller dans les sous-bois n’est pas incompatible avec les exigences d’une carrière sur route. A 26 ans, il est l’une des pièces maîtresses de l’équipe Bbox Bouygues Telecom.
Un petit retour, tout d’abord, sur ta prestation sur le GP E3. Quel bilan tires-tu de ce week-end ?
Ce week-end se termine après seulement un jour de course, car nous n’étions pas retenus pour Gand-Wevelgem! C’est un mal pour un bien puisque nous participons aux Trois Jours de la Panne à partir de mardi. Cela fait un jour de récupération en plus, en vue du Tour des Flandres.
Quel bilan tires-tu de ce premier trimestre de course, d’un point de vue personnel ?
En ce début de saison, je suis bien, mais je n’ai rien changé par rapport à l’année passée. J’ai simplement enchainé après les Championnats du Monde de Cyclo-cross, et j’ai bien travaillé le foncier, chose que je faisais très peu l’hiver, compte tenu des exigences du cyclo-cross.
« Breschel était vraiment trop fort »
Comment expliques-tu cette progression notable dans les classiques, avec, notamment, cette très belle place de quatrième sur A Travers la Flandre ?
Je connais désormais les routes, j’ai davantage confiance, et sur ces classiques, cela compte beaucoup.
Matti Breschel, parti à 20km de l’arrivée, était-il vraiment inaccessible, mardi ? C’est en tout cas ce qu’a affirmé Bjorn Leukemans, ton compagnon de chasse derrière le Danois.
Oui il l’était. Breschel était vraiment trop fort. A trois derrière, on lui a repris cinq secondes au maximum ! Il n’y avait vraiment rien à faire.
A l’arrivée, était-ce la satisfaction, ou la frustration de terminer eu pied du podium qui l’emportait ?
J’étais déçu de ne pas monter sur le podium. Et puis, je fais du vélo pour gagner, pas pour me contenter de places d’honneur. Alors oui, j’étais déçu de ma place, même si cela est bon pour le moral. Cela rassure.
« Bonnet sera notre leader désigné »
Cette année, l’équipe Bbox Bouygues Telecom semble plus que jamais compétitive sur ce type de course. Quels objectifs te semblent envisageables, collectivement, sur le Tour des Flandres et Paris-Roubaix ?
Toute l’équipe est effectivement compétitive en ce moment. Le « groupe » classique que nous composons est très homogène. William (Bonnet, NDLR) sera notre leader désigné. Cela dit, nous sommes tous capables de faire une belle place sur n’importe quelles classiques, si la réussite est présente. Pour ma part, j’ai pu le prouver sur A Travers la Flandre. Pour le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, il y a trois ou quatre équipes favorites. Mais ensuite, je pense que nous avons les individualités et le collectif pour faire dans les dix premiers.
William Bonnet est donc un atout de qualité, apte à se hisser au niveau des meilleurs ?
Il marche fort, il sait frotter et connait les endroits stratégiques. C’est un bon mec sur qui on peut compter !
A titre personnel, sur lequel de ces monuments du cyclisme penses-tu être le plus apte à jouer les premiers rôles ?
Au regard des mes caractéristiques, je pense que c’est le Tour des Flandres, mais Paris-Roubaix également. J’espère vraiment être bien sur le Ronde, faire une belle course et pourquoi pas obtenir une bonne place.
Quelle est la meilleure manière d’apprendre, et de réussir, sur ces courses pavées ?
C’est déjà d’y participer plusieurs fois ! Ensuite, il est toujours bon d’attaquer, plutôt que de rester au sein du peloton. C’est plus formateur, à mon sens.
Les jeunes coureurs français sont souvent critiqués pour un certain manque d’audace, de culot. Quel regard portes-tu sur l’attitude de Yoann Offredo, à l’attaque avant le Poggio sur le dernier Milan-San Rémo, mais qui a également déclenché quelques critiques de la part de ses propres dirigeants ?
Si j’avais pu le faire, je l’aurais fait ! C’était une belle attaque. Il est toujours plus facile de critiquer après. Imaginons qu’en haut du Poggio, Gilbert et deux ou trois favoris soient sortis. Il s’est donné la chance d’arriver pour la gagne, alors qu’en restant dans le peloton, n’y avait rien à faire, au sprint, face aux Freire, Boonen ou Bennati.
« L’hiver, je prends un pied terrible ! »
Quelle place occupe le cyclocross dans ta progression sur les classiques ?
Le cyclocross est ma passion, mon sport numéro un. La pratique du cyclocross est complémentaire à celle du cyclisme sur route. L’hiver, je prends un pied terrible ! Il me semble que beaucoup de crossmen marchent sur route. Je pense à Lars Boom, par exemple. Je suis convaincu que c’est une excellente discipline pour les classiques.
Comment concilier une carrière en cyclo-cross et une autre sur route, dans une conjoncture où chaque coureur tend de plus en plus à se spécialiser ?
Depuis que je suis cadet, j’enchaine les deux disciplines, route et cyclocross. Il faut savoir s’accorder des moments de récupération. Pendant longtemps, j’ai coupé tout le mois de février, après la saison de cyclocross, puis tout juillet. Depuis que je suis pro, j’ai dû changer quelque peu les dates et surtout la durée des récupérations. Il faut seulement savoir débrancher à un moment donné, ou le physique ne suit plus. Et la tête non plus !
A l’instar de John Gadret, qui continue de batailler dans les sous-bois mais qui a fait de la route une priorité, privilégieras-tu un jour l’une ou l’autre de ces deux disciplines ?
Je ne lâcherai jamais le cyclocross ! J’en ferai peut-être d’une manière différente, sans les épreuves de coupe du Monde, sans ces longs déplacements. Mais il est évident que je ne me vois pas faire un hiver sans mettre un dossard, comme le fait une grande majorité du peloton. Passer tout octobre, novembre et décembre à se préparer pour des courses qui ne débuteront qu’en janvier au plus tôt, ce n’est pas pour moi !
« C’est ma femme qui m’assiste au poste de dépannage ! »
Qu’est-ce qu’il te manque encore pour pouvoir intégrer le top 5 de la discipline ?
Je pense qu’il ne me manque pas grand-chose. J’ai un manque de puissance évident que je comble petit à petit grâce à la route. Mais il faut rester honnête : même si je me considère comme un crossman, ma démarche reste beaucoup moins professionnelle que les belges, par exemple. Un Niels Albert ou un Sven Nys font entre 45 et 55 cross par hiver. J’en dispute seulement une vingtaine ! Une différence de mentalité explique aussi l’importance du fossé qui nous sépare. Ils disposent d’entre 5 et 8 vélos contre 3 pour moi, ainsi que tous les types de boyaux possibles et imaginables. Ils ont un mécano à disposition pour chaque course, alors que je me charge moi-même du gonflage de mes roues. C’est ma femme qui m’assiste au poste de dépannage ! Bref, tout ça pour dire que s’il est faisable de les battre sur un jour, cela ne l’est plus sur toute la saison.
Niels Albert ferait-il selon toi un bon routier ?
Un excellent ! Il marche déjà fort sur route, comme on peut le voir sur les épreuves auxquelles il participe pour préparer ses cyclocross. Mais il serait bien dommage qu’il trace une croix sur le cyclo-cross. Il est numéro deux mondial et gagne très bien sa vie grâce à cette discipline. Que demander de plus ? Peut-être a-t-il besoin de nouveaux challenges à se fixer, comme a pu le faire Lars Boom.
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