Barle : “À moi de montrer ce que je vaux”

Par Alexandre Philippon
Mercredi 15 décembre 2010 - 13:13
Vainqueur cette année du Tour des Pyrénnées, Florent Barle a composté son billet pour les rangs professionnels, qu’il découvrira sous les couleurs de Cofidis. A 24 ans, il est l’un des plus âgés des néo-pros français de 2011. La faute à un parcours particulier chez les amateurs : c’est en 2009, début de sa collaboration avec l’entraîneur Lionel Reynaud, qu’il a pris conscience de la mesure de son potentiel de grimpeur. Lui qui était jusqu’alors catalogué sprinteur. L’Aixois se raconte à Velochrono.
Une passion héréditaire
Florent Barle et le vélo, c’est une affaire de famille : « Mes parents se sont rencontrés sur une course de vélo. Ma mère a remis le bouquet à mon père ! Il était à l’ACBB, à Paris, à l’époque de Phil Anderson, Robert Millar. Il n’est pas passé professionnel car il y a 20-30 ans, moins de coureurs passaient pro. Mais c’est carrément toute la famille Barle qui est dans le vélo, puisque mon oncle a créé l’équipe Jean Delatour, mon autre oncle conduisait le bus de Cofidis et mon grand-père paternel a été président de club pendant 25 ans. » C’est donc inéluctable : Florent Barle sera atteint du virus. C’est à 12 ans qu’il débute sur une bicyclette, réalisant ses premiers tours de roue sur un VTT.
Le processus se poursuit, et le Sudiste fait son chemin, jusqu’aux rangs juniors, puis espoirs. Dès 2005, il accroche une seconde place sur une étape de la Ronde de l’Isard. Le genre de performance qui lance idéalement un jeune coureur – il avait alors 19 ans. Sixième du challenge Vélo Magazine chez les cadets, vainqueur du challenge national juniors en 2004, Florent Barle se présente comme un « membre de la génération Coppel, Bouet, Cherel. » Des coureurs qu’il côtoyait en équipe de France dès les juniors, mais qui sont passés professionnels depuis déjà plusieurs années. Jérôme Coppel a terminé cinquième du Critérium du Dauphiné cette année, Maxime Bouet a déjà participé deux fois au Tour de France. « Moi, ça a tardé », reconnait-il.
« Amateur, on est pas logé au Mercure tous les week-end »
Coureur amateur pendant six ans, Florent Barle a eu le temps de grandir : « À la fin, tu sais ce que c’est le vélo. On n’est pas logé au Mercure tous les week-end. Ce n’est pas évident d’être cycliste amateur, surtout financièrement. » Alors quand il signe son premier contrat professionnel avec Cofidis, il sait qu’il sort d’une situation qui ne pouvait plus durer. « Si j’étais resté amateur, j’aurais arrêté le vélo, admet-il. Je l’avais dit en début de saison. Mais cela n’aurait pas été par manque d’envie ; plus à cause du facteur financier. Même s’il est vrai qu’Aix est l’un des clubs français qui permettent de vivre le mieux, pour créer une vie, c’est plus compliqué. »
Aujourd’hui petit nouveau au sein de la formation nordiste, le coureur de 24 ans présente un profil difficile à cerner, avec des qualités de grimpeur surtout révélées sur le tard. Faisant un peu de piste, accrochant de nombreux accessits lors d’arrivées massives, il est longtemps identifié comme sprinteur dans les rangs amateurs. Mais n’est pas d’accord avec cette catégorisation : « En fait, je passais partout. Je sprintais, je grimpais, je marchais dans les chronos. Mais comme on me cataloguais sprinteur, je me suis dit que les talus, je ne le passais pas. Et j’étais un peu gros, alors forcément, tu sprintes un peu plus ! » L’apprentissage se fait donc un peu à l’envers : une période durant laquelle il n’est pas encore animé par ses convictions actuelles.
« Avant, je n’arrivais pas à faire le métier »
Ces convictions, elles vont s’affirmer suite à la rencontre avec une personne-clé dans le développement de ce coureur : « Je suis grimpeur depuis que je suis avec Lionel Reynaud. Il me coache dans le bon sens. Avant, je m’entraînais n’importe comment, et lui m’a remis d’aplomb. Il m’a fait un peu plus récupérer. Sa méthode me convient, et il est très à l’écoute. Quand ça ne va pas, on discute. » En 2009, il remporte l’étape reine du Tour de Gironde, puis sur la Bizkaiko Bira (Tour du Pays basque amateur), il règle un groupe d’une quinzaine d’éléments pour s’offrir un bouquet. Vient ensuite le Tour d’Alsace, qu’il termine à la sixième place générale. Son mentor lui lâche alors qu’il peux briller en montagne. « Ma force, c’est que je passe bien les bosses et que je vais assez vite au sprint, en petit comité. Lionel m’a dit que si je progressais encore plus dans les montées, il me sera beaucoup plus facile de gagner des courses. »
Première étape : il maigrit. « Par rapport à Bradley Wiggins, ça n’a rien à voir, nuance-t-il. Mais trois kilos en moins, dans les cols, ça change tout. » Il prend aussi conscience d’une chose : il n’a plus 20 ans. « Avant, je n’arrivais pas à faire le métier. Je me disais : il y a le temps. » L’âge, un élément impossible à ne pas évoquer avec Florent Barle. Passer professionnel à 24 ans, c’est atypique, surtout pour un coureur qui a connu la sélection nationale très jeune. Pourtant, son parcours lui convient : « Bien sûr, j’aurais préféré passer professionnel à 19-20 ans, mais peut-être que je n’aurais fait que deux années avant de redescendre chez les amateurs. Je pense que je n’avais pas encore la maturité pour. Et ma chance, c’est que j’ai gagné des courses chez les amateurs, que j’ai su gérer un maillot jaune. Le palier est désormais plus facile à franchir, car mentalement, je suis plus blindé. »
« Ne pas faire le fou »
Gérer un maillot jaune ? C’était cette année. À l’occasion du Tour des Pyrénées, Florent Barle se défait de références – à ce niveau – en montagne, comme Przemyslaw Niemec, Yannick Eijssen et Walter Pedraza. Il surprend alors beaucoup de monde. « Il y en a qui savaient que j’en étais capable, mais c’est sûr que j’en ai étonné quelques uns », dit-il. Et lui de revenir sur son évolution, cette fois-ci sur le plan tactique. « Le problème, c’est que tout le monde regarde les résultats purs, sur le papier », regrette Barle, qui est allé plus loin dans l’analyse : « On m’a toujours dit que je ne me réservais pas assez. Lionel Reynaud m’a dit d’attendre le final, de ne pas faire le fou. J’ai appris à courir, à être plus attentif. J’ai laissé faire les échappées, et quand tout le monde pliait les ailes, j’en ai mis une bonne, une vraie. »
Leader de l’épreuve, Florent Barle se sert de sa garde rapprochée pour rester en tête jusqu’au bout. Le succès final est dans la poche. Mais il pense que si cette récompense n’était pas venue aux Pyrénées, elle aurait pu venir ailleurs. Au Tour d’Alsace (septième), par exemple, « si l’équipe avait été plus forte ». La course qui allait lui permettre de valider son billet pour les rangs professionnels, il l’attendait : « Ça a tardé à payer mais cela aurait pu arriver avant. Avec Lionel, on était sûr de nous. Sur le Rhône-Alpes Isère Tour, je fais un numéro, et je ne suis pas récompensé. Si j’avais gagné, j’aurais déjà signé. C’est le vélo. Ça paye, ça paye pas. » La petite signature s’apposera donc très rapidement après le Tour des Pyrénées, sur un contrat de l’équipe Cofidis. « Je voulais que ça aille vite. »
« C’est lui le coach, moi je pédale »
Dans le peloton pro, Florent Barle affrontera des équipes plus fortes, des coureurs plus aguerris. Et retrouvera certaines connaissances. Le manager de l’équipe Saur-Sojasun Stéphane Heulot, par exemple : en 2006, il avait évolué sous ses ordres au sein du club amateur du Super Sport 35-AC Noyal Châtillon. Et n’était alors pas en très bonne forme : « J’avais quelque chose que je traînais depuis trois ans. Un problème à ma jambe. Le syndrome du piriforme. C’était un problème au muscle pyramidal, un peu comme a eu Anthony Ravard cette année. J’ai dû utiliser des semelles orthopédiques, car cela bloquait la jambe à l’effort. » Résumé : « Une année pas évidente psychologiquement. En plus, un gars du sud qui va dans le nord, ça ne se voit pas toujours. Je voulais faire les classiques bretonnes et le projet d’Heulot m’avait plu. Finalement, il a réussi à monter son équipe pro. Il avait un projet depuis longtemps. Peut-être que je n’étais alors pas assez mature pour aller vivre cette expérience. »
Désormais pro, Florent Barle entre dans un autre monde. Mais il ne compte pas changer cette formule qui marche depuis maintenant plusieurs mois. Lors du premier rassemblement avec Cofidis, il dit à l’un des entraîneur de l’équipe : « Si j’ai un coach, c’est parce que je n’y comprend rien ! Je travaille avec un SRM depuis deux ans, mais j’ai du mal à analyser tout ça. » L’association avec Lionel Reynaud va donc se poursuivre, avec déjà une planification. « Non pas pour la carrière, mais ce sur quoi on part. On verra au fur et à mesure des années qui passent. C’est lui le coach, moi je pédale. Il analyse, il me fait prendre conscience de choses dont je suis capable. En espérant aller haut. »
« Aucun très grand grimpeur, rouleur ou sprinteur français »
« Il faut se spécialiser, poursuit-il, sûr de son fait. La polyvalence, c’est le dada des français : ils sont mi-figue mi-raisin partout. Il n’y a aucun très grand grimpeur, rouleur ou sprinteur. » Des coureurs d’expérience, il en trouvera quand même chez Cofidis, et aura tout intérêt à s’en inspirer. Après un « très très bon stage », lors duquel il a pu constater une « bonne ambiance entre coureurs », Florent Barle a pu retrouver quelques connaissances, comme Julien El Farès, ou Rémi Cusin, avec qui il a couru à Vaux-en-Velin. Peut-être ont-ils discuté de la Vuelta : c’est la course qu’il souhaite courir en 2011. « Mes périodes de forme, c’est de juin à septembre. Le Tour d’Espagne, Cofidis a des chances d’y être grâce à Moncoutié. En septembre, je marche bien. »
L’épreuve ibérique correspond assez aux caractéristiques du coureur : elle propose des parcours pour gars polyvalents, sans que les difficultés soient automatiquement concentrées dans le final. « Il y aura quelques arrivées sympas, comme celle où Thor Hushovd gagne cette année (à Murcie, après une belle bosse, ndlr). J’aurai déjà le rythme des pros, alors que sur un Tour d’Italie, je n’aurais eu que 2-3 mois dans les jambes. » Le souhait est donc exprimé, et il lui reste à gagner sa place : « À moi de montrer ce que je vaux. » Dans un premier temps, il entend être de la partie sur l’Étoile de Bessèges et le Tour Med, statut de régional de l’étape oblige. Des courses qui ne lui font pas peur : « Avec Aix, dans mon programme, je n’avais que des courses classe 2 ou des manches de Coupe de France amateur. J’ai plus d’expérience. »





