Cette fois, c’est la der des ders


Cette fois, c’est la der des ders

Par Baptiste Bouthier
Samedi 29 mai 2010 - 11:00







Ivan Basso a mis la main sur le Tour d’Italie dans les pentes du Mortirolo et d’Aprica, vendredi. Désormais maillot rose, l’Italien semble très bien parti pour remporter son deuxième Giro, après 2006. Car la Liquigas est bien la plus forte des équipes alignées, et qu’au général, il y a beaucoup de chemin à faire pour ses concurrents s’ils veulent le distancer. La dernière étape de montagne, samedi, a beau être extrêmement difficile, elle ne devrait plus régler cette question du vainqueur final. Mais beaucoup d’autres restent en suspens…

Un podium à aller chercher

La donne est simple : ils sont six pour deux place sur le podium final, derrière Basso. On a Arroyo, l’ancien maillot rose (2e, +0’51″) ; Nibali, le coéquipier de luxe de Basso (3e, +2’30″) ; Scarponi, le seul à avoir suivi les deux Liquigas sur le Mortirolo (4e, +2’49″) ; Evans, qui a semblé très emprunté vendredi (5e, +4’00″) ; Sastre, limité en haute montagne cette semaine (6e, +5’32″) ; et Vinokourov, l’intermittent (8e, +6’22″). Les écart sont importants, mais avec quatre cols à plus de 2 200 mètres, cette 20e étape a tout pour bousculer certains coureurs.

L’autre élément important, c’est le contre-la-montre de dimanche, à Vérone. Scarponi, Sastre et Arroyo sont de bien moins bon rouleurs que Nibali, Evans et Vinokourov. Si ces trois derniers ont donc deux jours pour gagner du terrain ou ne pas en perdre, les trois premiers n’ont que cette étape haute perchée pour accrocher le podium.

L’oxygène, dernier adversaire pour Nibali et Scarponi ?

La tendance actuelle est claire. Derrière le tempo incessant de Basso, dans le Mortirolo, seuls deux coureurs ont tenu : son coéquipier Nibali et un troisième Italien, Scarponi. Ces deux-là semblent donc les mieux placés pour monter sur le podium final, à Vérone. Pour le coureur de la Liquigas, sa troisième place actuelle le lui permet déjà, et on peut même penser que s’il n’avait pas été coéquipier de Basso, il aurait sans doute pu lui contester la victoire finale. Excellent rouleur, il est en position idéale pour assurer un doublé Liquigas. Scarponi a lui su répondre aux doutes quant à sa capacité à tenir en haute montagne : pas de raison donc qu’il craque, d’un coup, samedi.

Sauf que cette fois-ci, on va donc dépasser les 2 000 mètres d’altitude. Et pas une fois : quatre. A très haute altitude, la force physique, la forme du moment ne suffisent parfois pas. La morphologie de chacun fait que l’on supporte plus ou moins la baisse de densité d’oxygène. Ces deux-là semblent n’avoir plus que ça comme adversaire sur la route du podium final. Mais le sous-estimer serait une grossière erreur.

Difficile de remonter la pente

Pour Arroyo, Evans, Sastre et Vinokourov, la tâche s’annonce rude. Ces quatre-là sont les grands battus de l’étape d’Aprica, vendredi. Ils ont tous perdu du terrain au général. Arroyo a été incroyable dans la descente du Mortirolo, mais la réalité de la montagne l’a rattrapé dans la montée vers Aprica : l’Espagnol perd systématiquement du terrain dans les cols. Désormais dépossédé du maillot rose, il devra faire sans la force mystique que procure toujours un maillot de leader. Ses deux minutes d’avance sur Scarponi et donc sur la première place hors du podium semblent beaucoup, mais sur les 25 kilomètres du Passo Gavia, il a le temps de les perdre dix fois. Et s’il y a bien une descente après la Cima Coppi de ce Giro, il y a derrière une vraie montée finale, cette fois, où il devrait dire définitivement adieu au podium final.

Pour Cadel Evans, la désillusion de vendredi est terrible. Dans le Mortirolo, le champion du monde a d’abord paru capable de suivre les trois Italiens. Mais en réalité, il était en surrégime : l’Australien a ensuite explosé, passant le sommet à plus de deux minutes de ceux dont il tenait la roue peu auparavant. Comme Arroyo, il a fait illusion en revenant fort dans la descente, mais la montée vers Aprica l’a ramené à la réalité. Dans la très haute montagne, Evans n’est pas à son aise : autrement dit, il va souffrir, samedi.

Enfin, pour Sastre et Vinokourov, c’est la dernière étape de montagne d’un Giro où ils auront été inconstants. L’Espagnol est un sixième du classement miraculeux, et il ne fera, une fois de plus, que défendre samedi. Pour le Kazakh, le podium final est accessible, mais comme Evans, il devrait beaucoup peiner à haute altitude. Toujours lâché par les meilleurs en montagne depuis le début de cette troisième semaine, Vinokourov devrait avoir bien du mal à inverser la vapeur.

Une occasion pour les costauds qui ne jouent plus le général

D’autres coureurs semblent à l’aise dans ces derniers jours de montagne, mais ne jouent plus rien ou presque au général. L’occasion peut-être de fausser compagnie de bonne heure aux favoris pour aller chercher la victoire d’étape. C’est ce que Stefano Garzelli a tenté vendredi, mais le Mortirolo a eu raison de ses vélléités. Le coureur d’Acqua e Sapone devrait retenter sa chance, samedi, et en partant dès le premier col, il pourrait bien creuser beaucoup plus l’écart. Néanmoins, dans l’interminable Passo di Gavia, l’Italien risque à nouveau de beaucoup peiner, et il faudra donc être très fort, s’il aborde ensuite le Passo del Tonale en tête, pour résister aux retour des meilleurs.

Un autre coureur qui pourrait (enfin ?) tenter sa chance, c’est John Gadret. Le Français réalise un Giro somptueux, plus encore qu’il y a quatre ans. Quatorzième du général, le coureur d’AG2R La Mondiale a raté toutes les bonnes occasion de récupérer facilement des minutes : l’échappée de L’Aquila, ou celle de Peio Terme. L’une comme l’autre lui suffiraient aujourd’hui pour être dans les dix premiers du général. A plus de vingt minutes de Basso au général, à plus d’un quart d’heure de Vinokourov, actuel huitième, Gadret n’est pas un danger pour les favoris : s’il attaque d’assez loin, il ne sera donc pas pris en chasse à tout prix. Et vu sa forme actuelle, il a une vraie chance de tenir. Mais apparemment, l’offensive lointaine n’est pas le truc du Français, qui préfère courir au chaud et rester avec les meilleurs – ce qu’il fait fort bien. Dommage, car il pourra difficilement conquérir ainsi cette étape qu’il dit pourtant espérer remporter.

Enfin, Damiano Cunego a rallié Aprica en retrait, vendredi, et voilà le petit prince onzième au général, à un quart d’heure de Basso. Un écart qui pourrait lui permettre, lui aussi, d’obtenir un bon de sortie dans une des deux montées finales. A condition d’avoir les jambes, ce dont on peut douter, car s’il a pris une belle quatrième place au sommet du Zoncolan, Cunego n’a pas brillé sur une seule autre étape de montagne depuis le départ.

Bormio – Passo del Tonale, 178 km

La voilà, l’étape reine. Il aura fallu attendre l’avant-dernier jour de course pour la trouver. Mais on a bien fait d’attendre. Car à la veille de l’arrivée du Giro, rien n’est définitivement décidé. Cette étape peut tout encore changer. Entre Bormio et le Passo del Tonale, la montée finale, il y a 178 kilomètres et quatre cols. Certes, ils ne sont pas tous si difficiles, mais ils culminent tous au-dessus de 2 200 mètres. Pas surprenant donc qu’on y retrouve la Cima Coppi, c’est-à-dire le point le plus haut de ce Giro 2010. Lire la suite

Photo : Team Sky









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