Petit : “J’ai pris confiance en moi”

Par Alexandre Philippon
Dimanche 28 novembre 2010 - 7:00
photo : Thomas Ducroquet
En 2011, Cofidis ne sera pas Pro Tour. Parmi les dernières postulantes retenues jusqu’au choix ultime de l’UCI, la formation nordiste n’a pas décroché la timbale. « Je m’y attendais. Est-ce une déception ? Oui et non. Être en Continental Pro, c’est déjà pas mal pour moi. » En ces termes, Adrien Petit résume bien sa situation actuelle. Il va passer pro à 20 ans et n’aurait pas imaginé pareil dénouement pour sa seconde saison chez les espoirs. L’Artésien revient pour Velochrono sur le début de sa jeune carrière.
Le trajet Nogent-Monde pro, un classique
Dans les pelotons professionnels, en janvier ou février prochain, Adrien Petit sera l’un de ceux pour lesquels la catégorie juniors n’est pas un lointain souvenir. Né en septembre 1990, il va très tôt être envoyé sur le champ de bataille, alors qu’il y a quelques mois, il ne savait pas encore vraiment quelles étaient ses armes, et commence à peine à les apprivoiser. « Un contrat pro, ça ne se refuse pas, lâche-t-il. Cela ne m’aurait pas dérangé si je n’étais pas passé cette année, car j’étais bien à Nogent. Mais on ne peut pas reculer. » Des saisons chez les espoirs, il n’en aura donc connu que deux, suite à de premières gammes chez les juniors qui le voient briller avant tout par ses qualités athlétiques. Grand, fort, il se plait sur les épreuves contre-la-montre, comme sur ce Chrono des Nations où il prend la 3e place en 2008. La même année, il s’adjuge la Beverbeek Classic, en Belgique. « Je ne savais pas encore que j’étais un sprinteur. »
Terminée la période juniors à Wasquehal, il a fallu pour Adrien Petit, qui habite à côté d’Arras, dans le Pas-de-Calais, trouver un nouveau cocon. « C’était plutôt logique d’aller dans un club du nord de la France, explique-t-il. Et je voulais être en DN1 dès la première année espoirs. » Le plus proche, le CC Nogent-sur-Oise, était aussi l’un des meilleurs de France. Alors à quoi bon aller à l’autre bout de la France ? Il signera là-bas. Et se rendra vite compte qu’il a fait un bon choix : « L’organisation, le sérieux des directeurs sportifs : c’était le top. Tous les ans, ils font passer professionnel au moins deux coureurs. » Arnaud Molmy, Benoit Daeninck, Jocelyn Bar, Stéphane Rossetto ont tous franchi le Rubicon l’hiver dernier après un passage dans l’Oise. Par le passé, les frères Feillu, William Bonnet, Yoann Offredo ou Christophe Riblon, pour ne citer qu’eux, empruntèrent le même chemin. Placé dans un environnement idéal, Petit peut voir grand.
Un maillot jaune en Normandie
2009 voit Adrien Petit signer rapidement de nombreux top 10, signe que le béton prend. Parmi ceux-ci, il y en a un qui retient l’attention car il est signé sur une course enregistrée comme 1.2 au calendrier Europe Tour. C’était lors du Trophée des Champions, et il prenait la 6e place. « J’étais super content, se souvient-il. Je ne m’attendais pas du tout à faire ça au départ. Je n’avais alors pas de résultats exceptionnels. Faire ça alors qu’il y avait des gars comme Nicolas Jalabert, Martin Pedersen (et beaucoup d’autres pros, ndlr), cela m’a permis de me rendre compte que dans les sprints, je pouvais faire quelque chose. » Bien que surtout rythmée par les tâches d’équipier, la première saison espoirs d’Adrien Petit lui permet de se découvrir un profil de coureur. Et de progresser, autour de coureurs comme Arnaud Molmy, Benoit Daeninck. « J’ai vite appris grâce à eux. Et quand ils sont passés pro, je savais que j’allais avoir ma carte à jouer. Les dirigeants comptaient un peu plus sur moi. »
C’est effectivement ce qui va se passer, et le coureur de seulement 19 ans va répondre à son changement de statut avec facilité. Bordeaux-Saintes tombe dans son escarcelle et quand il prend le départ du Tour de Normandie, il est leader de son équipe. Déjà bon septième du prologue la veille, il remporte la deuxième étape de cette épreuve. Au terme d’un sprint massif : une surprise. « C’est sûr que là, je ne m’y attendais pas du tout, confie-t-il. Surtout après 200 kilomètres de course. Je ne sais pas comment j’ai fait. J’étais pas mal dans le final, je me suis dit je vais essayer. J’ai un peu débranché le cerveau car d’habitude je ne suis pas rassuré. Et la porte s’est ouverte. » Le voilà qui s’impose pour la première fois sur une épreuve professionnelle. Autre découverte : la défense d’un maillot de leader. Propulsé en tête du classement général grâce à son succès, Adrien Petit s’adonne à des tâches qui lui sont pour le moins inhabituelles : « Monter sur le podium pour recevoir le maillot, la télévision qui t’interviewe, tout cela, c’est une grande satisfaction. Cela fait super plaisir. C’était le top. En début de saison, je ne m’attendais pas du tout à en arriver là. »
Troisième aux France, juste avant un stage chez Cofidis
Le début de saison de Petit dépasse donc ses attentes. « J’ai pris confiance en moi », lâche-t-il. Ce changement va être illustré par une nouvelle performance, puisqu’il s’impose dans la foulée sur une étape des Boucles de l’Artois. Une épreuve du calendrier amateurs, mais qui lui est particulièrement chère pour une bonne et simple raison : c’est son père qui l’organise. « Je suis motivé sur toutes les courses, mais là, je l’étais davantage. Cela faisait un an que je disais que je voulais gagner là-bas. L’arrivée de l’étape se faisait devant mon ancien lycée. » Le matin, sur le contre-la-montre, il chute et « a les boules », mais l’après-midi, il parvient donc à s’imposer. Et finit de convaincre Bernard Bourreau de l’emmener sur des épreuves de Coupe des Nations. La compétition espoirs, qui réunit des sélections nationales du monde entier, vivait en avril un mois des plus importants. Adrien Petit allait être de la partie.
« Mais j’avais besoin de récupérer, regrette-t-il. Au Tour des Flandres, je n’étais plus au top. Ce fut une première sélection décevante. J’ai ensuite enchaîné sur la Côte picarde, et après, j’ai dit au sélectionneur que je ne ferai pas le ZLM Tour. » Il faut alors se remettre de cet échec et retrouver des sensations. Ce sera chose faite courant juin, avec deux succès lors d’arrivées massives sur le Tour de l’Eure-et-Loire. Adrien Petit sait alors qu’à partir du 1er août, il sera stagiaire au sein de l’équipe Cofidis, alors qu’il n’aura pas encore soufflé ses 20 bougies. Mais avant d’enfiler le maillot rouge-et-blanc, il lui reste un objectif majeur : les championnats de France espoirs. La course est mouvementée et un groupe d’une vingtaine de coureurs prend le large. L’Arrageois « n’y croit plus trop », puis le peloton recolle. « Je reprend confiance et j’espère alors un sprint. » Il y en a un, de sprint, et il le domine, se montrant notamment plus rapide que son ancien partenaire Arnaud Molmy. Mais deux coureurs ont alors déjà franchi la ligne, Geoffrey Soupe et Thomas Damuseau. « Troisième, c’était super, mais si on était arrivé pour la gagne… »
« Je ne veux pas mourir sur le vélo ! »
La déception de Brécey est vite évacuée : il rejoint quelques jours plus tard Cofidis. Mais non sans appréhension. « Je ne connaissais personne, raconte-t-il. Je me demandais si j’avais les capacités. Je savais que j’allais devoir faire ma place. J’étais le petit inconnu qui arrivait là. Mais cela s’est super bien passé dès le début. » Bien intégré, Adrien Petit n’a couru que trois étapes du Tour du Poitou-Charentes, son baptême du feu, quand on lui propose un contrat professionnel. Il signe à deux mains, soulagé : « Je commençais à flipper. Ils avaient déjà pris deux néo-pros (Nicolas Edet et Yoann Bagot, ndlr). Je me disais que cela ne sentait pas bon pour moi. Au final ils en prennent quatre (Florent Barle sera également engagé, ndlr). » En l’espace de quelques jours, la carrière Petit décolle. Et il enchaîne, signant deux top 20 sur le Tour du Poitou-Charentes, « en bossant pour Jens Keukeleire puis en finissant que je le pouvais ».
Quelques semaines plus tard, sur le Circuit Franco-belge, Adrien Petit a une opportunité. Keukeleire casse son dérailleur à quatre kilomètres de l’arrivée de la troisième et dans l’oreillette, il entend : « Petit fait le sprint ». Le final, c’est une route sinueuse, sur laquelle la chaussée s’est abattue une bonne partie de l’après-midi. Le bleu va frotter pour la première fois à ce niveau. « Il faut être dans les 10 premiers à la flamme rouge sinon c’est foutu, contrairement à chez les espoirs, où même si l’on est 20e, on peut aller gagner si l’on va vite. » Dans le bon wagon à l’entame de la ligne droite, il hisse son vélo à 10e place. Un essai plutôt concluant. Adrien Petit se souvient qu’il y a encore un an, les arrivées massives, il n’aimait pas ça. « Je ne suis pas trop kamikaze, mais ça s’apprend. On prend des risques mais il y a une part d’attention. On fait gaffe. Je ne veux pas mourir sur le vélo ! »
« Le jour où je vais courir Paris-Roubaix, ce sera génial »
En 2011, le défi de Petit sera de prouver qu’il a une belle pointe vitesse. « Qu’ils (les dirigeants de Cofidis, ndlr) prennent confiance en moi. » Amené à faire partie de la moitié d’effectif spécialisée dans les courses du nord, il aborde ces nouveaux objectifs avec envie : « Je suis capable de faire des résultats pas trop mauvais sur ce genre d’épreuves. Les courses belges, ça me motive. C’est une ambiance différente. » Ces joutes marquées par les monts, pavés et bordures, il y sera donc, et jamais bien loin de chez lui, comme lors des Quatre Jours de Dunkerque, rendez-vous qu’il espère voir inscrit à son programme. Les classiques ? Ça l’emballe. « Rien que Gand-Wevelgem, ça fait déjà rêver. » Paris-Roubaix serait le must. « Le jour où je vais la courir, ce sera génial. Il va déjà falloir la finir… »









Et oui Adri t’es chez Cof’ maintenant c’est la classe ça !!!
Bonne saison et bon courage pour la suite, on se reverra souvent j’espère !!!
Allez mec !!