2007 : Le rêve éveillé d’un Aussie

Par Alexandre Philippon
Mardi 28 décembre 2010 - 20:00
La rétro continue. Jusqu’au 31 décembre, Velochrono vous fait revivre sa sélection des évènements qui ont marqué la décennie écoulée. En 2007, Stuart O’Grady est censé assister au mieux Fabian Cancellara sur Paris-Roubaix quand il se retrouve seul en tête de la classique. Tenant bon, il devient le premier Australien à s’imposer dans le vélodrome.
Inspiré par Kuiper, encouragé par Duclos-Lassalle
L’histoire commence en 1995. Stuart O’Grady est professionnel chez Gan depuis seulement quelques mois. Son rêve, c’est de participer à Paris-Roubaix, et Roger Legeay va lui permettre de le réaliser dès sa première saison. L’Australien expliquera plus tard qu’en fait, sa passion pour l’enfer du Nord date de quand il n’avait que 10 ans : « Un copain m’a passé une cassette vidéo. C’était la victoire d’Hennie Kuiper dans Paris-Roubaix. Il pleuvait tellement, les coureurs tombaient… J’ai vu que c’était très dur. Unique. J’ai adoré cette course. » Bien que double champion du monde de poursuite par équipe, le natif d’Adélaïde est alors un débutant sur la route. Un novice qui ouvre grand les oreilles, à l’affût du moindre conseil. « Roger nous a montré les vidéos des deux victoires de Duclos-Lassalle, c’était super, raconte-t-il. Mais en plus, là, je regardais sur le côté et il était là, à côté de moi! »
Duclos, il avait flairé le potentiel du garçon. Le lauréat des éditions 1992 et 1993 le disait : « Stuart a de l’endurance, mais pour faire quelque chose dans Paris-Roubaix, il faut y être passé trois ou quatre fois, le connaître par coeur. » 12 ans plus tard, le jeune homme est devenu un nom du peloton. Mais pas via les classiques du nord. Si Stuart O’Grady est s’est fait une place parmi les cadors, c’est surtout parce qu’il a remporté une étape du Tour de France 1998, portant le maillot jaune trois jours. Avant de confirmer 24 mois plus tard, avec un nouveau bail, cette fois-ci de six jours, avec le fameux paletot sur le dos. Populaire, valeureux, l’un des premiers coureurs de sa nation à conquérir l’autre hémisphère, « Stuey » a fait de juillet son mois de prédilection.
Trentenaire, il se focalise sur les classiques
Mais en 2003, Stuart O’Grady s’est rappelé au bon souvenir des pavés. Ceux du Tour des Flandres, qu’il a toujours trouvé moins destructeurs qu’à Roubaix. « On les prend souvent par de petites côtes, alors qu’ici (sur l’enfer du Nord, ndlr), on est à 55 km/heure dessus », disait-il à ses débuts. Il n’empêche : troisième du Ronde, l’Australien prend ce résultat avec le sourire. Presque trentenaire, il monte pour la première fois sur le podium d’une classique, terrain d’expression où on lui promettait monts et merveilles des années auparavant. Un déclic, puisque lors des trois saisons et demi suivantes, il va trouver la cadence : vainqueur de la Hew Cyclassics 2004, deux fois classé dans le top 5 de Milan-Sanremo, trois fois dans celui de Paris-Tours, quatrième des Mondiaux 2004, et sixième de ceux de 2006, il atteint la maturité sur les courses d’un jour.
En 2007, au départ de Paris-Roubaix, l’alors coureur de l’équipe CSC – depuis un an – n’est pourtant pas l’un des favoris de la course. Lors de la présentation officielle, la veille du départ, il n’est pas parmi les plus sollicités, devant le château de Compiègne. Le public n’a d’yeux que pour Tom Boonen et Fabian Cancellara, vainqueurs des deux dernières éditions. Fabian Cancellara, le coéquipier de Stuart O’Grady ; celui pour qui il allait être amené à se sacrifier. Rapide au sprint, l’Océanien sait aussi jouer le domestique sur ces courses où une arrivée massive n’est pas envisageable. Quand il prend le départ de cette 105e édition du monument, il ne s’attend donc pas à occuper le devant de la scène. 25 kilomètres plus tard, l’idée lui vient de se glisser dans un groupe de 34 coureurs. C’est l’échappée matinale et Stuart O’Grady en fait partie, mais il pense alors surtout à l’opportunité de constituer un point d’appui pour Spartacus. C’était la tactique soufflée par Alain Gallopin : le plan est suivi à la lettre.
Une course folle, un vainqueur inattendu
Arrive la Trouée d’Arenberg, haut-lieu de la classique. Ce faux-plat en forêt, longue ligne droite où les spectateurs se ruent, car ils savent que c’est l’endroit où il faut être. Hormis Ralf Grabsch, positionné en ouvreur, les coureurs n’ont pas le choix : ils avancent en file indienne, croisant les doigts pour que le coureur suivi ne perde pas l’équilibre. Chaque année, ils sont quelques uns à y perdre la course. D’autres y ont ruiné plusieurs mois de carrière, comme Johan Museeuw, victime ici d’une fracture de la rotule en 1998. Stuart O’Grady et Fabian Cancellara ne feront pas long feu sur le secteur pavé. À quelques minutes d’intervalle, les deux hommes doivent en effet essuyer une crevaison. Dépannés en vitesse, ils repartent un peu paniqués. Mais le Suisse plus que l’Australien : le tenant du titre est largué par le peloton, à l’image de Tom Boonen et Alessandro Ballan, ses dauphins de 2006, également en fâcheuse posture.
Chez CSC, bien qu’encore loin du vélodrome, on change alors de tactique. C’est désormais tout pour O’Grady ! Déjà complètement fou l’année précédente, un passage à niveau ayant bouleversé le final de l’épreuve, le Paris-Roubaix 2007 est encore une fois très spécial. Dans l’échappée matinale, réduite après l’offensive d’Olaf Pollack, David Kopp et Kevin Van Impe dans le secteur d’Orchies, l’unisson est nécessaire pour lutter contre la menace incarnée par le peloton, dans lequel Tom Boonen tente un baroud d’honneur. Puis le temps passe, et peu à peu, les fuyards comprennent qu’ils vont être en mesure de se jouer le succès. Steffen Wesemann, élément le plus renommé du lot, prend ses responsabilités mais Stuart O’Grady et Roger Hammond le prennent en chasse. Et l’ancien maillot jaune de relancer l’allure : Kopp et Van Impe sont rejoints et il profite d’un moment de flottement pour prendre ses distances. Il reste alors 25 kilomètres. Il ne sera plus jamais revu.
« Je n’ai peut-être pas un physique aussi énorme que celui des précédents vainqueurs, mais je pense que j’ai beaucoup de courage », déclarera le héros du jour après avoir franchi la ligne en vainqueur. Pêut-être qu’à cet instant, le premier vainqueur australien de Paris-Roubaix aura eu une penée pour le « pote à la VHS ».
Propos : Libération du 15 avril 1996
Photo : Mnori – Flickr








Si vous nous parlez de Paris-Roubaix pour l’année 2007 cela veut dire que vous n’avez pas retenu dans votre selection celui de 2009 avec le magnifique triplé de Boonen ! Dommage ce fût pourtant une super course avec un suspens de bout en bout et Tommeke est rentré dans l’histoire de cette course !
Ceci dit en 2007 O’Grady a remporté une très belle victoire d’autant qu’elle était inattendue !
en parlant d’O'Grady: je pense bien que ce dernier sera le leader chez leopard en 2011 pour Paris-Roubaix. En cause, la focalisation de Cancellara sur les Ardennaises… Mais ce n’est qu’une hypothèse…
Euh, tu penses que pour tenter de gagner LBL, il va faire l’impasse les Flandres et Roubaix ? Ce serait du jamais vu.