Nous y sommes : Milan-Sanremo, 101e du nom. La première classique de la saison, la plus longue aussi. Pour la première fois depuis de nombreuses années, il est impossible de désigner un net favori de la Primavera. Sprinteur ou puncheur ? Italien ou non ? Le vainqueur sera en tout cas un sacré coureur, inscrivant son nom au palmarès d’une course qui ne laisse que très rarement la place à la surprise.

Une course d’attente

Certains pensent que Milan-Sanremo est une course ennuyeuse car vous roulez 300 km et il ne se passe rien avant les 20 dernières minutes, mais c’est comme dire que des préliminaires sont ennuyeux ! Vous ne pouvez pas avoir un final spectaculaire sans ces préliminaires.” Signé Filippo Pozzato, sur Cyclingnews. Il a raison, l’Italien. Cette course s’est toujours débridée sur le tard et l’édition 2010 ne devrait pas déroger à la règle. C’est toute la spécificité de la Primavera : la sélection se fait à l’usure, qu’elle soit physique ou mentale. Pas de vainqueurs surprises, et les principaux acteurs sont tous des costauds. Affichant une distance doublement plus longue que certaines étapes que le peloton a arpenté en ce début de saison, Milan-Sanremo va marquer le passage au printemps, le cap est mis sur les classiques difficiles, le début de saison touche vraiment à sa fin.

Sprinteurs : les compteurs à zéro

Tirreno-Adriatico n’a pas permis d’identifier un chef de meute chez les sprinteurs. Celui qui a levé les bras le plus souvent cette année, André Greipel, n’est pas là. Mais les favoris de ce Milan-Sanremo ont presque tous déjà gagné en 2010. C’est le cas de Tom Boonen, de Daniele Bennati, d’Edvald Boasson Hagen, d’Alessandro Petacchi, d’Oscar Freire. En revanche, la donne est différente pour Mark Cavendish, Thor Hushovd et Tyler Farrar. Zero succès depuis la reprise. Pour les deux premiers nommés, c’est la faute à des soucis de santé, pour le troisième, c’est la faute à pas de chance : beaucoup de places, jamais gagnant. Au fond, quel sera le meilleur bilan à déclarer fin mars ? Cinq victoires mais une 4e place sur la Primavera, ou bien une seule et unique, mais la plus belle ? Ce samedi matin, tous les compteurs sont remis à zéro, et plus personne ne pourra se cacher.

Fabian Cancellara, le dernier à avoir surpris le peloton

Toute la beauté de la Primavera se résume en une opposition, les sprinteurs contre les puncheurs. Ces derniers peuvent partir de loin, tenter leur chance sur le Poggio, ou même dans San Remo. Tous les moyens sont bons pour déstabiliser le peloton et à l’occasion, le piéger. Ils sont trois à avoir réussi l’exploit durant la décennie en cours. En 2003, Paolo Bettini filait en douce avec Mirko Celestino et Luca Paolini. Personne ne les reverra. En 2006, performance de taille, laquelle restera comme le fait d’arme le plus glorieux de l’intéressé : Filippo Pozzato réussit à résister face au retour de ses rivaux, après être parti en solitaire sur le Poggio, en gardant quelques longueurs sur la ligne. Enfin, en 2008, Fabian Cancellara démarre à deux kilomètres de l’arrivée. Isolé, il ne sera jamais revu par la troupe, s’affirmant comme le vainqueur de Milan-Sanremo le plus impressionnant de ces dernières années. Absent l’an passé, il revient avec une pancarte. Son attaque dans le final sera attendue : comme d’habitude, il se saura surveillé de près. Mais même en sachant de quoi le loustic est capable, aller le chercher une fois sorti, après 300 km de course, n’est pas une mince affaire.

Les Italiens veulent reprendre la main

Il arrive qu’ils se montrent archi dominateurs sur leurs terres, et parfois, c’est le flop. Les Italiens et la Primavera, c’est une drôle d’histoire. Certains rêvent de la gagner et s’y cassent les dents année après année, d’autres finissent par y triompher. Le dernier transalpin à avoir gagné la Classicissima, c’est Filippo Pozzato, en 2006. Il avait d’ailleurs devancé deux autres coureurs du pays. Mais depuis que l’arrivée est jugée sur le front de mer, les sprinteurs et puncheurs de la Botte n’y arrivent plus. L’édition 2003, sur laquelle ils avaient occupé les cinq premiers rangs, semble faire partie d’un passé lointain. Depuis trois ans, on a vu plus de Belges sur le podium que d’Italiens. Il y a douze mois, Alessandro Petacchi, cinquième, était le mieux placé. Si une fois de plus, lui et ses compatriotes loupent le podium, on pourrait commencer à regretter la Via Roma.

Un terrain hostile aux Français

Cela fait un bail que l’on a pas vu un coureur tricolore sur le podium de la Primavera. C’était en 1998 : Erik Zabel signe la deuxième de ses quatre victoires sur Milan-Sanremo, devant deux français, Emmanuel Magnien et Frédéric Moncassin. Ils n’avait alors pas réussi à imiter Laurent Jalabert, lauréat en 1995 et qui reste aujourd’hui le dernier coureur hexagonal à s’être imposé sur l’épreuve italienne. Mais leur performance n’a depuis pas eu de lendemain. 12 ans maintenant que l’on attend un Français sur la boite à Sanremo. Sixième en 2008, Anthony Geslin avait montré à ses compatriotes qu’il était possible de se mesurer aux cadors. Sera-ce possible cette année ? On ne leur demande pas d’offrir à la France un 13e succès sur la plus longue des classiques, mais faire preuve de panache serait déjà un bon comportement. De toute façon, il est évident que William Bonnet, Benoit Vaugrenard et Sylvain Chavanel ne viennent pour faire du foncier.


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