« Le spectacle devait l’emporter sur l’éthique »

Par Velochrono
Mardi 19 janvier 2010 - 15:11
Stéphane Mandard, journaliste au Monde spécialiste du dopage, fait le bilan de l’année 2009 à ce sujet. Sont évoqués, ASO, le Tour de France, l’AFLD, Lance Armstrong, Alejandro Valverde, Michael Rasmussen … Une exclusivité Velochrono.
L’année 2009 a été, une nouvelle fois, riche en histoires liées au dopage, entre le contrôle positif de Danilo Di Luca, la mort de Frank Vandenbroucke ou encore les difficultés grandissantes de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) pour faire son travail. Quel est votre bilan de cette année ?
2009 a consacré la victoire du spectacle sportif sur la lutte contre le dopage. Il y a eu un vrai virage à 180° entre le Tour 2008 et le Tour 2009. En 2008, l’AFLD était seule aux commandes pour contrôler les coureurs : il y a eu sept cas positifs. En 2009, l’Union cycliste internationale (UCI) a repris la main, aux côtés de l’AFLD, et aucun coureur n’a été contrôlé positif. L’AFLD a dénoncé le comportement de l’UCI sur cette Grande boucle, et notamment un traitement de faveur pour certaines équipes, à commencer par Astana, à l’époque la formation de Lance Armstrong. L’AFLD dénonçait notamment une stratégie de contrôles plus inopérante et inefficace. Quelle fut la réponse de l’UCI ? Elle a annoncé que le Tour 2010 se ferait sans l’aide de l’AFLD. Le message est donc très clair : il n’y a plus de réelle volonté de lutter contre le dopage sur le Tour de France. Il ne faut surtout pas gâcher la fête.
Que pensez-vous du retour d’Armstrong, et de la vraie-fausse suspension de Tom Boonen ? Cela décrédibilise-t-il le cyclisme ?
Cela fait un moment que le cyclisme est décrédibilisé ! Patrice Clerc, l’ancien président d’ASO avait engagé un bras de fer avec l’UCI. Il a permis à l’AFLD de faire son travail en 2008. Mais il a perdu son combat. Il y a eu un accord entre l’UCI et ASO, qui se sont rendus compte qu’ils étaient en train de tuer la poule aux oeufs d’or. Patrice Clerc a été évincé en décembre 2008. Le spectacle devait l’emporter sur l’éthique.
Di Luca, Boonen, mais aussi De Bonis ou Bosisio : les contrôles positifs concernent leaders comme gregarii. Comment l’interprétez-vous ?
Pendant le Tour, l’UCI a produit quelques communiqués pour dire que des coureurs de seconde zone avaient été contrôlés positifs. Mais le seul but de ces annonces était de faire croire qu’il y avait une vraie politique antidopage, et qui marche. C’est un peu comme dans le football où de temps à autre, on sacrifie un Bulgare ou un Letton anonyme pour faire croire à l’opinion qu’il y a une vraie lutte. C’est de la communication. C’est une mascarade.
Alejandro Valverde était jugé la semaine dernière par le Tribunal arbitral du sport (TAS), finalement on ne connaîtra sa décision finale qu’en mars. Qu’attendez-vous de ce jugement ?
Pas grand chose… Ma conviction est faite depuis longtemps que Valverde fait partie des clients du Docteur Fuentes. Les preuves ont été établies par le Comité olympique national italien (CONI), sur la base de prélèvements sanguins et de recoupements avec la Guardia Civil espagnole. Le TAS doit confirmer la suspension du CONI (ndlr : le CONI a suspendu Valverde pour deux ans sur le territoire italien, le TAS juge la confirmation de cette suspension et sa généralisation à l’échelle mondiale). Les déclarations de Valverde pour se défendre sont tristes, et même grotesques.
Michael Rasmussen retrouve cette saison les pelotons professionnels dans l’équipe italienne Miche. Quel est votre sentiment ?
C’est extraordinaire tout ça… Armstrong, Vinokourov, il ne manquait plus que Rasmussen…
Selon vous, le cyclisme peut-il redevenir crédible, et à quel prix ?
Tel qu’il est organisé aujourd’hui, c’est tout simplement impossible. La question fondamentale, c’est l’opinion publique. Aujourd’hui, le public s’en fout. Les gens savent que les performances sont vérolées, que les coureurs qui gagnent sont dopés et pourtant, ça ne change rien : il y a toujours autant de monde au bord des routes et devant la télévision. Les grands scandales, depuis l’affaire Festina en 1998, n’ont rien changé. Seule la mort d’un grand champion sur son vélo, en pleine course, pourrait créer un électrochoc capable de faire réagir le public.
Stéphane Mandard, chef du service Sport & Vous au quotidien Le Monde, est un journaliste spécialisé dans le dopage. Il avait notamment obtenu, en décembre 2006, l’interview du Docteur Fuentes dans laquelle le protagoniste principal de l’opération Puerto déclarait avoir comme clients le Real Madrid et le FC Barcelone. Il avait également dévoilé le contrôle positif de Floyd Landis sur le Tour de France 2006.






#1 
Voilà qui est réjouissant
Pourquoi est-ce que dans ses articles sur le dopage il ne parle jamais des autres sports que le cyclisme? Pourquoi ce monsieur s’acharne-t-il sur ce sport et jamais un mot (ici c’est une première) sur la mascarade du football, du tennis…????
Je viens de lire celui qu’il a écrit sur une AFLD écartée du Tour 2010. Mais il ne dit pas qu’il y aura des observateurs indépendants de l’AMA. Il ne dit pas non plus qu’il y aura possibilité pour l’AFLD de demander des contrôles supplémentaires. Pourquoi?
Une croisade ça se mène d’une façon globale, pas en ruinant l’image d’un sport…